1. Le parfum toujours en vedette

Indiscutablement, le parfum confirme son statut de locomotive. Chez The Estée Lauder Companies, les fragrances ont enregistré une croissance organique de 10% au quatrième trimestre, portées notamment par Le Labo et Tom Ford, contribuant largement au retour à la croissance du groupe dont les ventes organiques ont progressé de 3% sur l’exercice. Chez Ulta Beauty, les fragrances haut de gamme tiennent une part centrale dans le dynamisme des ventes au premier semestre.

Si Interparfums SA anticipe un recul en 2026, après un premier semestre difficile (-7,3%), c’est surtout en raison d’un effet de change défavorable lié à sa forte exposition au marché nord-américain. À cela s’ajoutent des performances décevantes en Europe et en Asie. Moins exposée, la maison mère, Interparfums Inc., affiche une certaine résilience, avec un chiffre d’affaires en hausse de 2% sur les six premiers mois de l’année.

Les lancements se multiplient, aussi bien du côté des grands groupes (Glimmer chez Estée Lauder, Coco Mademoiselle Crush Absolu chez Chanel, Sea Salt & Bergamot chez Jo Malone), que de la niche (Eau de Parfum Demon Dancer chez Ex Nihilo, qui renforce sa visibilité avec une boutique éphémère à Paris, ou Dirty Rice chez BornToStandOut, entre autres).

Le succès des événements consacrés à la fragrance, à l’image de ScentFest SF à San Francisco, illustre aussi l’appétit des consommateurs pour une parfumerie plus expérientielle et communautaire. Le parfum s’affirme toujours davantage comme un terrain d’innovation, de recrutement et de montée en gamme… autant de thèmes qui seront au programme de la prochaine édition du Fragrance Innovation Summit à Paris.

Le dynamisme des fragrances rejaillit naturellement sur l’amont de la filière. DSM-Firmenich a annoncé une croissance organique de 5% au premier semestre, portée par une progression à deux chiffres de son activité parfums, tant en Fine Fragrances qu’en Consumer Fragrances, tandis que son segment Beauty & Care Ingredients est resté stable. La parfumerie tire également les ventes de Robertet, alors que Givaudan a vu ses résultats pénalisés par la force du Franc Suisse.

2. Bilan contrasté pour la beauté premium

L’été a également déjoué certains scénarios pessimistes sur la consommation. Ulta Beauty a vu son chiffre d’affaires progresser de 8,9% au deuxième trimestre, et a relevé ses prévisions annuelles. Le détaillant note notamment la bonne tenue des achats de maquillage et de parfumerie premium, en Amérique du Nord.

Ulta souligne également que près de la moitié de ses ventes proviennent désormais de marques ou produits exclusifs. La bataille ne se joue donc plus uniquement sur le prix, mais sur la capacité à proposer une offre différenciante, à créer de la désirabilité et à transformer les réseaux sociaux en moteurs de conversion.

Est-ce ce qui fait défaut à Douglas ? Le détaillant européen a vu son chiffre d’affaires reculer de 2% au second trimestre. L’Allemagne, la France et les Pays-Bas restent sous pression, sur fond de consommation prudente et de concurrence promotionnelle accrue. Face à ce ralentissement, Douglas renforce ses investissements dans l’e-commerce et va redimensionner son réseau de magasins. Malgré un environnement moins porteur qu’attendu — le groupe n’anticipe plus qu’une croissance de 2% à 3% du marché européen, contre 4% à 6% auparavant — il maintient ses objectifs annuels.

3. Rationalisation, recentrage et acquisitions ciblées

Après des années d’expansion tous azimuts, l’heure est à la simplification pour plusieurs des géants du secteur. Coty illustre particulièrement cette inflexion. Après un recul de 5% de ses ventes sur l’exercice 2025/2026, le groupe entend se concentrer sur ses marques stratégiques et renforcer l’engagement des consommateurs. La cession anticipée de la licence Gucci Beauty à Kering et L’Oréal accélère cette remise à plat stratégique.

De son côté, Avon poursuit sa réorganisation autour d’une gouvernance unifiée de ses activités américaines et internationales. Le géant brésilien Natura, qui continue à gérer la marque en Amérique du Sud, semble en revanche toujours peiner à trouver la recette du retour à une croissance de long terme.

Dans la parfumerie, Symrise va acquérir Floral Concept, une maison française spécialisée dans les ingrédients naturels. L’opération permettra au groupe allemand de rapprocher les savoir-faire de Floral Concept de ceux de sa filiale Lautier 1795, récemment relancée.

4. La croissance internationale change de visage

La conquête des marchés internationaux reste une priorité pour de nombreux acteurs, mais elle change de visage. La K-beauty continue de gagner du terrain, tandis que les marques occidentales cherchent de nouveaux relais en Asie, au Moyen-Orient et en Amérique du Nord.

Les marques japonaises investissent, elles-aussi, les marchés occidentaux, à l’image de Kao, qui poursuit le déploiement de Curél, ou de Ci Flavors qui compte sur KKR pour booster sa croissance mondiale, tandis que les groupes américains et européens renforcent leur présence dans les marchés à forte croissance.

Dans le même temps, les tensions commerciales entre les États-Unis et leurs partenaires continuent de perturber les chaînes d’approvisionnement. L’escalade récente entre les États-Unis et le Canada illustre l’impact de ces décisions pour une industrie dépendante de chaînes d’approvisionnement transfrontalières.

5. L’environnement s’impose comme sujet stratégique

L’été 2026 est aussi venu souligner le caractère incontournable des questions environnementales. L’entrée en vigueur du règlement européen PPWR le 12 août ouvre une nouvelle phase de transformation pour les emballages, avec des obligations qui monteront progressivement en puissance à partir de 2030. Les marques anticipent dores et déjà ces exigences, à l’image de Kanebo qui a sélectionné la résine PET spéciale Cristal One IM812 d’Eastman pour le capot à parois épaisses de sa Generating Essentials Treatment Lotion, ou de Firn, qui a opté pour le Stick ReUse de Cosmogen & Asquan pour son nouveau solaire rechargeable.

À l’heure du réchauffement planétaire, des catastrophes climatiques, des tensions sur les matières premières, à l’image de la ressource en algues bretonnes, les interrogations sur la croissance et sa durabilité s’intensifient, même si les résistances sont encore nombreuses, comme sur l’adoption d’un traité mondial sur la pollution plastique.