Ce mode de vente, qui met en oeuvre un contenant réemployable, destiné à être utilisé à plusieurs reprises pour un même usage, concerne tous les réseaux de distribution : les magasins spécialisés vrac et/ou bio, bien sûr, mais aussi les réseaux propres des marques (L’Occitane en Provence), les réseaux professionnels comme les salons de coiffure (L’Oréal Professionnel, avec son concept Source Essentielle), les enseignes de proximité, les pharmacies (Mustela), la GMS (Léa Nature...), ou des réseaux mixtes retenus par des start-ups (CoZie, Panier des Sens, Respire, 900.care …). Mais le réemploie en toute sécurité d’un même contenant implique « un système de traçabilité et de lavage industriel », précise Citeo. L’enjeu étant de garantir l’hygiène du couple contenant/contenu.

Normes de nettoyage

Pour éviter une multitude de protocoles de nettoyage, l’association professionnelle Réseau Vrac, qui fédère 1500 adhérents dont 560 distributeurs, a constitué en 2019 un groupe de travail en partenariat avec l’association Cosmebio, la société Edencos spécialisée dans la cosmétologie et l’organisme Ecocert sur l’expertise des matériaux. Ses travaux visent à définir des protocoles de nettoyage standards (lavage, désinfection…) adaptés aux différents types de produits.

« En effet, selon qu’il s’agisse de cosmétiques à rincer (gel douche, shampoing) ou non (crèmes de soin, huiles, eaux micellaires) et selon les matériaux des contenants utilisés, les protocoles ne seront pas les mêmes », explique Lucia Pereira, directrice des affaires juridiques du Réseau Vrac. « Outre les différents formats de flacons et pots, les tests portent également sur ceux avec ou sans pompe, l’opercule en carton. Concernant les matériaux que nous évaluons avec une experte d’Ecocert, nous avons sélectionné le PET, le PEHD, le verre et l’aluminium. Nous testons la stabilité et la sécurité des produits conditionnés dans des contenants réutilisables nettoyés et désinfectés, selon les protocoles définis ».

La restitution de cette première phase de tests était attendue pour la fin de l’année 2020.

L’enjeu du matériau d’emballage

Dix entreprises ont participé au groupe de travail dont la société Jean Bouteille. Présente avec sa fontaine dans tous les canaux de distribution, elle souhaite un protocole de lavage normalisé pour l’ensemble de la filière. Depuis sa création en 2014, elle a équipé 400 points de vente de ses solutions dédiées à la salle de bains (savon liquide, gel douche, shampoing). Actuellement, elle externalise le lavage de ses emballages mais souhaite en 2021 disposer de sa propre station de lavage à Lille, pour ensuite se développer sur l’ensemble du territoire. Après avoir opté dans un premier temps pour des flacons en PET réutilisables (50ml ou 1l), l’entrepise a fait le choix du verre et sa gamme de contenants devrait être disponibles début 2021. « Ils pourront ainsi être réemployés beaucoup plus souvent et consignés », argumente Manon Carpentier, responsable Marketing & Communication.

Dans les 53 points de vente où est installée sa doseuse, CoZie, finaliste du Circular Challenge 2018 de Citeo, récupère les flacons et les expédie en Ile de France dans sa propre station de lavage, équipée de son propre matériel. La création de nouvelles stations de lavage est à l’étude.

Pour ses produits (soins du visage, dentifrice liquide et lait solaire), CoZie a opté pour le verre. « Le meilleur matériau pour le lavage et le séchage ; matériau inerte, il assure la sécurité de nos produits non rincés », justifie Arnaud Lancelot, co-fondateur de la jeune entreprise. Il se montre serein face au risque de casse : « il n’y a jamais eu de problème signalé par nos clients ». Mais la société, qui envisage d’élargir son offre au savon et au shampooing, réfléchit aux usages de ces produits et sonde ses clients pour « étudier d’autres matériaux ».

Selon Vincent Joffre, directeur commercial de la société PRP Création, spécialisée dans les emballages en plastique, « les flacons destinés au vrac doivent répondre à trois caractéristiques : avoir un gros diamètre d’ouverture pour favoriser leur nettoyage et le séchage, être fabriqués avec des matériaux résistants pour supporter un passage en laveuse industrielle ainsi qu’un grand nombre de rotations, et être transparents pour pouvoir valider l’intégrité du produit ».

La société vient de développer une gamme de trois flacons standards (250, 400, 500 ml) répondant à ces critères. Outre un diamètre de col important (38.400 pour une ouverture de 31), elle a sélectionné, pour la résistance au lavage, une base co-polyester, le Tritan d’Eastman, et pour la haute clarté du contenant avec de bonne propriétés organoleptiques, un PP Lumicène de Total. PRP Création propose ses flacons avec bouchage/capsule service/pompe et les commercialise à partir d’une quantité minimum d’une unité de conditionnement pour les flacons standards et à partir de 5000 pièces en personnalisation.

La solution « refill »

Avec le développement du vrac, la communication auprès du consommateur va être essentielle pour assurer le zéro risque avec des produits sensibles. Dans ce contexte, la solution du refill dont le succès va grandissant, peut être une alternative intéressante.

PRP Création propose ainsi une offre dual : le flacon associé au doypack avec sa tête et le bouchon. Les flacons sont en PET, R-PET, PP ou PE et les poches en complexe PET/Alu, PET/PE ou tout PE. « La marque a ainsi l’assurance que le consommateur remplit bien son flacon avec sa recharge, celle-ci pouvant être personnalisée », avance Vincent Joffre.

Le besoin de réassurance en matière d’hygiène né de la pandémie de Covid-19, n’a certes pas douché l’intérêt des consommateurs et des distributeurs, notamment en GMS, pour le vrac. Mais nul doute que l’accélération de l’offre impliquera une attention sans faille sur ce sujet.