Après plusieurs années de turbulences liées à une féroce concurrence des plastiques vierges venus d’Asie et du Moyen-Orient, le plastique recyclé tient-il sa revanche en Europe ? "On sent un frémissement" de la demande "sur les 15 derniers jours", affirme Sébastien Petithuguenin, directeur général du groupe Paprec, spécialiste de la gestion des déchets.

Pour l’heure, l’usine Paprec de La Loyère, près de Chalon-sur-Saône, en Saône-et-Loire, spécialisée dans le recyclage des déchets plastiques en polyéthylène haute densité (PEHD) et polypropylène (PP), ne tourne pas à plein régime !

"Quand on a fait nos investissements [26 millions d’euros en 2021, dont 5 millions de l’Agence de maitrise de l’énergie, Ademe], on imaginait qu’on allait saturer beaucoup plus rapidement que ça notre capacité de production", explique Sébastien Petithuguenin.

C’était sans compter sur une crise de longue haleine, marquée par "la dégradation de la demande", selon lui. Son groupe a dû faire face, comme l’ensemble du secteur du plastique en Europe, à une féroce concurrence de plastiques vierges en provenance de Chine et du Moyen-Orient, favorisée par des surcapacités chinoises et des prix en baisse, conséquence de cours du pétrole en berne depuis des mois.

Nouvelle donne

Mais depuis le blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20% des hydrocarbures, et la flambée des cours de l’or noir, le vent semble avoir tourné. La demande de plastique recyclé pourrait bénéficier des difficultés de son concurrent "vierge", produit à partir de pétrole.

"Enormément de plasturgistes français et européens dépendent de l’import depuis le Moyen-Orient ou bien depuis l’Asie", explique à l’AFP, Bibiane Barbaza, responsable des affaires économiques de Polyvia, principal syndicat français de la plasturgie. Elle estime à "10 à 15%", la quantité de matière vierge importée du Moyen-Orient en 2025. Autant de flux commerciaux remis en cause.

"Il n’y a pas de risque généralisé de ruptures d’approvisionnement en Europe, mais certains plasturgistes, en particulier ceux qui achetaient des matières plastiques au Moyen-Orient ou en Asie, peuvent être confrontés à des arrêts ou retards de livraisons", confirme à l’AFP Jean-Yves Daclin, directeur général France de l’association d’industriels Plastics Europe.

Bouffée d’air pour le plastique recyclé

Cette nouvelle donne incite les fabricants à se tourner vers la matière recyclée, d’autant que l’écart de prix entre matière vierge et recyclée, plus onéreuse, tend à se réduire, avec la flambée des cours du pétrole depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Mais "ça ne constitue pas un modèle économique d’avoir des clients en situation de crise", prévient M. Petithuguenin.

Avec l’ensemble de ses collègues recycleurs européens, il milite depuis des mois auprès de Bruxelles pour un cadre réglementaire favorisant un "choc de la demande" et notamment des obligations d’incorporation renforcées de matière recyclée pour les emballages de boissons.

Il y avait urgence car la crise a commencé à faire des dégâts dans l’appareil industriel européen : alors que le secteur a investi massivement, doublant la capacité de recyclage entre 2017 et 2022, de 6 à plus de 12 millions de tonnes (Mt), plusieurs usines ont fermé dernièrement, faisant perdre à l’Europe un million de tonnes de capacités, compromettant les objectifs de recyclage fixés par Bruxelles (55% de recyclage des emballages plastiques d’ici 2030).

Pour Xavier Chastel, directeur général de Polyvia, même si cela a un coût, "utiliser du plastique recyclé" permet d’utiliser moins de pétrole, donc d’émettre "moins de CO2", mais aussi de "se rendre indépendant des pays qui nous approvisionnent", conclut M. Chastel.

C’est aussi le pari de TotalEnergies, qui vient d’inaugurer à Grandpuits, Seine-et-Marne, ce que le groupe présente comme la "première usine en France de recyclage chimique des plastiques".