Cultivée depuis des siècles dans les montagnes de Jabal Akhdar, à plus de 2000 mètres d’altitude et environ deux heures de Mascate, cette rose Damascena Trigintipetala (30 pétales) développe un profil olfactif singulier. Les sols rocailleux, les reliefs escarpés et des températures inférieures d’une quinzaine de degrés à celles d’Oman, lui insufflent “une signature plus vive, verte, et minérale que les mêmes variétés poussant en Turquie ou en Bulgarie”, explique Francesca Bonati, Responsable du Développement Parfum chez Amouage.

Cette plante est traditionnellement destinée à la production d’eau de rose. Récoltées à la main entre mi-mars et fin avril sur les terrasses de Jabal Akhdar, les fleurs sont distillées au feu de bois dans des alambics en terre cuite, procédé ancestral qui gorge l’eau de rose de subtiles nuances boisées et fumées. Plus rare, l’huile essentielle est obtenue comme sous-produit de cette distillation.

De la tradition à la filière

L’huile essentielle de rose d’Oman est un produit d’une grande pureté, obtenu à partir d’une seule distillation, et non d’une cohobation, pratique courante consistant à réinjecter le produit plusieurs fois dans le cycle de distillation pour augmenter le rendement. Très populaire en Oman, l’eau de rose y est un symbole culturel. “Un produit devenu presque touristique aujourd’hui”, analyse Renaud Salmon, Directeur de la Création chez Amouage.

La production de l’huile essentielle ne dépasse pas, en revanche, une cinquantaine de millilitres. Un produit premium, qu’Amouage souhaite développer à plus grande échelle, avec un vrai modèle économique. Un enjeu réaliste puisque “toutes les terrasses ne sont pas encore valorisées”, poursuit-il. Ceci d’autant plus que la rose a l’avantage d’offrir de premiers résultats deux à trois ans après les premiers plans, et que les montagnes sont déjà pourvues d’un système d’irrigation.

Une production portée par l’expertise de LMR

À cette fin, Amouage s’est appuyée sur l’expertise de LMR Naturals by IFF en matière d’ingrédients naturels. “Cette collaboration s’inscrit pleinement dans la vision et les valeurs de Monique Rémy, fondatrice de LMR”, souligne Sabrya Meflah, Présidente Fine Fragrance chez IFF.

Produite en très faibles quantités, l’huile essentielle de rose d’Oman est d’une qualité incroyable, mais aussi extrêmement coûteuse. L’objectif est donc de développer un nouvel ingrédient à partir de l’eau de rose traditionnelle et de cette huile essentielle. “Sans recourir à la pétrochimie, les équipes de LMR vont récupérer les molécules aromatiques présentes dans l’eau de distillation de l’eau de rose afin de les recombiner avec l’essence de rose, pour obtenir une huile essentielle complète, et non plus un simple sous-produit”, explique Bertrand de Préville, Directeur général de LMR. Les alcools naturellement présents dans l’eau seront également valorisés afin d’apporter une facette pétalée à la rose d’Oman.

Cette approche illustre le savoir-faire de LMR : identifier les facettes les plus intéressantes d’une matière première, les isoler puis les révéler afin d’offrir aux parfumeurs des ingrédients toujours plus différenciants. L’extraction sera réalisée directement en Oman, afin de préserver les fleurs de la chaleur et du soleil. Les équipements devraient être opérationnels pour la récolte de mi-mars à mi-avril 2027.

Une signature olfactive ancrée dans son territoire

Au-delà d’enrichir la palette du parfumeur, cette démarche vise aussi à façonner une nouvelle signature olfactive pour Amouage. Elle s’inscrit dans la vision de Renaud Salmon, déjà amorcée en 2024 avec le projet autour de l’encens de Wadi Dawkah. Un oliban au profil particulièrement fusant, avec lequel résonne celui de la rose Damascena d’Oman : “une rose très minérale, au souffle moderne, avec ses notes zestées et sa facette oxyde de rose. Celle-ci s’inscrit pleinement dans la signature olfactive que je recherche”, explique-t-il.

La production de l’essence de rose d’Oman permet également de valoriser le travail des agriculteurs.

Ce projet pourrait en outre, à terme, faire de la région une référence mondiale pour la culture de la rose de parfumerie. Comme le souligne Sabrya Meflah, “LMR apporte son expertise scientifique dans cette chaîne de valeurs, de transparence, de qualité, mais aussi de retour aux communautés. On crée aussi dans le tissu économique. C’est une initiative vertueuse”.

Les premiers volumes seront consacrés aux créations d’IFF pour Amouage. “Il ne s’agit pas de revendiquer un ingrédient pour n’en utiliser qu’une infime quantité dans une formule”, souligne Renaud Salmon. L’ambition est au contraire de pouvoir l’utiliser en quantité suffisante pour que sa singularité s’exprime pleinement. À l’image de l’encens omanais de Wadi Dawkah, si les volumes le permettent à plus long terme, la rose d’Oman pourrait être commercialisée afin de contribuer à l’économie locale, d’enrichir la palette créative de la profession et de renforcer le rayonnement de Jabal Akhdar.