"Nous avons reçu de nombreux retours positifs concernant la présence d’acheteurs italiens et étrangers de haut niveau et très qualifiés, qui ont trouvé à Florence une sélection pointue de marques établies et de nouvelles marques à découvrir", indique Ivano Cauli, CEO de Pitti Immagine.

Pourtant, dans un secteur saturé de marques, de lancements et de salons, il est légitime de se demander pourquoi les professionnels continuent d’investir du temps et des ressources dans un salon qui est loin d’être le plus imposant. Au fil des entretiens réalisés par Premium Beauty News auprès de créateurs et dirigeants de marques, de parfumeurs, de distributeurs, et de détaillants, une réponse est revenue systématiquement : Pitti a su évoluer sans perdre l’identité singulière qui fait sa renommée.

Une identité unique

"Pour moi, Pitti c’est vraiment le salon qui comprend ce qu’est la parfumerie artistique", affirme Moe Khalaf, fondateur et directeur artistique de Kajal Perfumes. Il raconte avoir déambulé dans le salon avant l’ouverture des portes et avoir été frappé à maintes reprises par la créativité des marques exposantes. Pour lui, Pitti est devenu bien plus qu’un simple salon professionnel : une référence dans la parfumerie de niche.

Les habitués de Pitti décrivent souvent leur retour annuel comme un moment réconfortant. Après plus de dix ans de présence, Khalaf confie : "On s’y sent comme à la maison." Aistis Mickevičius, fondateur et parfumeur de FUMparFUM, a d’abord visité le salon avant de revenir un an plus tard avec sa propre marque. Il considère désormais Pitti comme une sorte de "patrie".

La taille humaine du salon contribue fortement à cette impression. Comme le résume très bien Jean-Philippe Clermont, fondateur et directeur artistique d’Atelier Des Ors : "Ici, on respire intensément". Il précise que sur les stands " les conversations sont feutrées", et que "les gens ont le temps".

Tisser des liens

Les personnes interrogées ont évoqué à maintes reprises, d’une manière ou d’une autre, la dimension humaine de Pitti. Bien sûr on y expose le parfum comme produit, mais l’écosystème qui soutient la parfumerie de niche repose sur des relations inviduelles, le partage d’expériences et la confiance.

Les ventes, les accords de distribution et les collaborations, qui sont indispensables à la survie des entreprises, prennent souvent naissance avec quelque chose de moins tangible : le temps et l’espace nécessaires à un véritable échange, l’instauration d’une confiance mutuelle et la consolidation progressive de liens personnels. La force de Pitti réside notamment dans sa capacité à créer et à préserver un environnement propice à l’épanouissement de ces liens humains – et des opportunités commerciales qu’ils peuvent engendrer.

L’expérience Pitti se prolonge bien au-delà de l’espace d’exposition. Florence offre un cadre historique et unique pour les déjeuners, les dîners et les rencontres informelles, propices à l’approfondissement des relations professionnelles. Luca Falchetti, fondateur du distributeur italien Essenses, présent depuis de nombreuses années, considère ces moments partagés comme un élément essentiel d’un salon. Trois jours à Florence lui permettent de mieux connaître les personnes et les marques qu’il représente avant de les présenter aux détaillants italiens.

Florence offre également des espaces uniques et exceptionnels pour les réceptions et les événements. Un jardin intimiste a ainsi accueilli un événement organisé par dsm-firmenich où spécialistes des matières premières, parfumeurs, représentants de maisons de parfums, journalistes et éditeurs se sont retrouvés dans un cadre propice aux échanges, loin de l’agitation du salon.

Ces rencontres ne sont pas de simples compléments agréables à une journée de travail. Pour le monde de la parfumerie artistique, qui se perçoit souvent comme une communauté, elles sont le point de départ de collaborations et une manière de maintenir les liens de confiance.

Découvrir et être découvert

Depuis longtemps, Pitti offre aux marques émergentes l’opportunité de se présenter dans un cadre professionnel bien établi.

Marc Janssen, fondateur de la parfumerie berlinoise 15West, décrit la sélection de marques présente à Pitti comme "un juste équilibre entre les tendances à venir et les produits réellement commercialisables".

Pour Sebastian Jara, alias The Perfume Guy et fondateur de ScentFest SF : "Une marque que vous auriez pu ignorer ou manquer lors d’un salon plus important attire votre attention ici." Il se souvient notamment avoir découvert à Pitti la maison de parfums d’inspiration africaine Réserve en Afrique après l’avoir simplement aperçue plusieurs années de suite lors d’un salon beaucoup plus grand.

Du point de vue des marques, cela produit des résultats concrets. Sophia Gyé-Jacquot, fondatrice de Mezel, qui exposait en 2025, est revenue cette année au sein du portefeuille de 50 ml Distribution. Elle avait rencontré Matteo Stringhini, co-fondateur de 50 ml, au Pitti l’année précédente. Elle a pu s’appuyer sur son nouveau partenaire qui a fourni un soutien logistique, du personnel supplémentaire et une assistance en italien.

Stefania Giannino, co-fondatrice de Nobile 1942, souligne que les visiteurs du salon Pitti, notamment les visiteurs italiens, sont très souvent des décisionnaires en matière de vente au détail. Ils peuvent ainsi s’engager directement, voire passer une commande, ou démarrer un partenariat sur le salon. "Ce sont eux qui peuvent signer le chèque", déclare-t-elle. Elle se réjouit que cela permette de court-circuiter les longues chaînes d’approbation qui font parfois suite à une rencontre initiale lors d’un gros salon.

Au-delà de son rôle de vitrine, Pitti offre aussi une fenêtre sur l’industrie, sa vitalité et les hommes, les marques et les idées qui la façonnent et la transforment.

François Duquesne, fondateur et CEO de Maison Duquesne, explique ainsi être venu à Florence pour "prendre le pouls" de l’industrie – une façon de sortir du cadre de sa seule entreprise et d’avoir une vision plus large sur ce qui est en train de changer.

Pour les grandes maisons de parfums, le salon permettre de détecter les futurs talents, explique Bernardo Cauvin, VP Sales, Fine Fragrance chez Givaudan. Même si une marque exposant aujourd’hui ne survivra peut-être pas, la personne qui l’a créée deviendra peut-être un parfumeur, un directeur créatif ou un entrepreneur important. Selon lui, Pitti incube aussi bien des personnes que des marques.

À la rencontre pour l’Italie et du monde

Si Pitti reste un salon fondamentalement italien, l’édition 2026 a été marquée par une composition nettement plus internationale du visitorat.

Véronique Spoturno, fondatrice de la maison Spoturno, explique ainsi être venue avec l’idée d’élargir la reconnaissance et la distribution de sa marque en Italie, mais avoir été surprise par la large diversité des visiteurs de son stand. Aux côtés de professionnels italiens, elle indique avoir rencontré des visiteurs venus d’Allemagne, de Dubaï, d’Arabie saoudite, d’Argentine, des États-Unis, du Royaume-Uni et de Chine.

Chez Nobile 1942, Stefania Giannino fait également état de contacts internationaux prometteurs. Selon elle, Pitti attire des professionnels qui recherchent spécifiquement des maisons artistiques qui ne sont pas déjà visibles ailleurs.

Dans un marché du parfum plus qu’encombré, le sujet n’est plus le manque de nouveauté ou de qualité. Les acheteurs, les distributeurs, les détaillants et les journalistes sont confrontés à une surabondance de lancements et de salons, tous potentiellement intéressants. Les personnes rencontrées par Premium Beauty News estiment que Pitti a su rester suffisamment grand pour générer de nouvelles opportunités tout en étant suffisamment contenu pour préserver son identité unique et son caractère intimiste. Le défi est donc de maintenir cet équilibre dans un secteur en croissance exponentielle.

"La force de Pitti, c’est la sélection. La croissance, c’est bien, mais à condition de rester exclusif", conclut Marc Janssen.