Premium Beauty News - Après le succès des recharges pour gels douche, Yves Rocher étend désormais cette démarche à plusieurs de ses shampooings best-sellers. Pourquoi cette accélération ?

Alexandra Ferré - Nous nous inscrivons dans une stratégie engagée depuis plus de trente ans pour réduire l’impact environnemental de nos emballages. Nous avons lancé les recharges sur l’hygiène en France en 2023 et les résultats sont très encourageants. Aujourd’hui, nous sommes numéro un en valeur sur ce segment et nous souhaitons aller plus loin en déployant des recharges sur plusieurs références de shampooings. L’objectif est simple : permettre à un plus grand nombre de consommateurs d’adopter des gestes de beauté plus sobres, sans compromis sur l’usage.

Premium Beauty News - Quel bilan tirez-vous des premiers déploiements de la recharge ?

Alexandra Ferré - Le marché connaît une dynamique très positive. Le taux de pénétration des solutions de recharges atteint désormais 43% et depuis 2023 il a gagné près d’un million de clients supplémentaires. Chez Yves Rocher, les recharges représentent déjà 13% des ventes sur les shampooings concernés après seulement deux mois de commercialisation. Et si l’on additionne les recharges et les produits solides, ces solutions écoresponsables représentent déjà 20% de nos ventes sur l’hygiène.

Au-delà des performances commerciales, l’impact environnemental est tangible. En une année sur la catégorie hygiène, nos recharges ont permis d’économiser l’équivalent de trois millions de bouteilles d’eau en plastique, soit près de 90 tonnes de plastique évitées.

Premium Beauty News - Les clients sont-ils séduits par l’argument environnemental ou par l’avantage économique de la recharge ?

Alexandra Ferré - Les deux dimensions sont complémentaires. Nous sommes convaincus que les gestes de consommation plus responsables doivent aussi être accessibles économiquement. Les recharges Yves Rocher permettent généralement une économie comprise entre 20 et 30% par rapport à l’achat de deux flacons classiques. Nous appliquons la même logique sur les produits solides, qui sont eux aussi proposés à un prix inférieur, avec un gain de l’ordre de 15 à 20%.

Bien sûr, le gain de pouvoir d’achat est un moteur très fort, mais il fonctionne d’autant mieux lorsqu’il s’accompagne d’un bénéfice environnemental concret et facilement compréhensible.

Premium Beauty News - Du côté des consommateurs, le choix de la recharge s’ancre-t-il dans la durée ?

Alexandra Ferré - Sur les shampooings, il est encore un peu tôt pour disposer d’un historique suffisamment long. En revanche, sur l’hygiène, nous constatons une excellente satisfaction et un fort taux de réachat.

Un chiffre nous semble particulièrement intéressant : près de 70% des clientes qui achètent une recharge n’avaient jamais utilisé ce type de produit auparavant. Une fois le geste adopté, elles reviennent rarement en arrière, car elles y trouvent un double bénéfice, économique et environnemental.

Premium Beauty News - Ce développement a nécessité des investissements industriels importants. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Alexandra Ferré - Nous avons réalisé deux cycles d’investissements sur notre site de La Gacilly, en Bretagne, où est fabriquée la quasi-totalité des produits Yves Rocher.

Une première phase concernait les produits d’hygiène. À cette date, il n’existait pas de solution souple réellement adaptée à nos besoins, car nous voulions que la recharge soit recyclable. Nous avons donc développé une bouteille allégée permettant d’utiliser jusqu’à 80% de plastique en moins.

En raison de la viscosité des formules, cette solution n’était pas utilisable pour les shampooings ; Mais entre temps, des doypacks recyclables ont été créés. Nous avons donc inauguré une ligne de remplissage dédiée. Avec une capacité de remplissage de cinq millions d’unités par an elle couvre largement nos besoins actuels et peut également être utilisée pour remplir les recharges d’autres marques éventuellement intéressées. Il s’agit d’un investissement stratégique qui prépare aussi les évolutions futures de notre offre.

Premium Beauty News - Quels sont désormais les ambitions d’Yves Rocher en matière de recharge ?

Alexandra Ferré - À l’échelle de la marque, nous visons une réduction de 30% de notre consommation de plastique à l’horizon 2030 par rapport à 2019.

Sur l’hygiène, les recharges et les formats solides représentent déjà 20% de nos ventes. Pour les capillaires, nous ambitionnons d’atteindre 10% dès 2026, avec des marchés qui pourraient dépasser les 15%. En effet, l’intérêt pour ces solutions varie fortement selon les pays : l’Italie ou le Portugal affichent une adoption très rapide, tandis que d’autres marchés, comme la Turquie, avancent plus progressivement.

Premium Beauty News - À l’occasion du World Refill Day, explorez-vous d’autres modèles pour réduire les emballages ?

Alexandra Ferré - Nous explorons plusieurs pistes. Les produits solides constituent déjà un axe majeur de développement et Yves Rocher est aujourd’hui leader sur ce segment en France avec environ 25% de parts de marché.

Nous expérimentons également de nouvelles solutions en partenariat avec d’autres acteurs, notamment des dispositifs de consigne sur certains soins visage en flacons de verre. Nous réfléchissons aussi à étendre progressivement la recharge à d’autres catégories, comme le soin du visage.

Nous avons testé le vrac en magasin, mais cette solution n’a pas rencontré le succès attendu, notamment parce que les consommateurs ne reviennent pas systématiquement avec leur contenant.

Notre conviction est qu’il faut privilégier les solutions capables de changer les habitudes à grande échelle. Une innovation très vertueuse n’aura qu’un impact limité si elle ne concerne qu’une minorité de consommateurs. Le véritable enjeu est de faire de la recharge un réflexe simple, pratique et largement adopté.