« L’Osmothèque a franchi un cap, elle est maintenant pleinement autonome, a pignon sur rue et elle grandit », déclare Thomas Fontaine. Inauguré fin septembre, le nouveau lieu d’environ 300 m2 est situé dans l’hyper-centre versaillais. Il comporte une salle d’expositions et de conférences, un laboratoire pour les pesées historiques, des espaces d’archivage, des bureaux, une boutique, une terrasse végétalisée de 80 m2.

6000 parfums

Depuis près de 40 ans, la collection de l’institution s’étoffe constamment et compte à ce jour 6.000 parfums dont 1.000 disparus. Rassemblant avant tout des parfums et des formules de parfums disparus provenant de dons, elle comporte aussi un centre de documentation avec des livres rares, les archives personnelles de parfumeurs comme celles léguées par Jean Kerléo, Jeannine Mongin ou Pierre Bourdon ou encore les milliers de dossiers de presse donnés par Michael Edwards. Ces documents permettent de replacer les fragrances dans un contexte : créatif, sociétal, histoire d’une entreprise, évolutions de la chimie…

« L’Osmothèque été précurseur dans l’idée de garder des traces d’un patrimoine par essence évanescent, de préserver des œuvres qui malgré des conditions de préservation optimisées ont la particularité de s’autodétruire régulièrement. Il faut donc les repeser régulièrement alors que certains ingrédients qui les constituent n’existent parfois plus », explique Anne-Cécile Pouant, directrice de l’Osmothèque. Les parfums des collections du Conservatoire n’étant ni commercialisés, ni portés, ils échappent aux normes de l’IFRA. « Nous avons des stocks de matière rares ou disparues comme le musc animal ou l’ambre gris en teintures et infusions qui permettent des restitutions à l’identique, notamment pour la parfumerie de la fin du 19e et du 20e siècle  », souligne Thomas Fontaine. Le troisième président de l’institution est à l’initiative de l’ouverture de ce fonds à la parfumerie fonctionnelle, qui constitue un pan entier de la mémoire olfactive collective.

Gardienne du temple

L’Osmothèque s’est positionnée sur la rigueur. Son comité scientifique a élaboré la nomenclature Nomen, destinée à « clarifier le degré de réalisme historique et la part d’interprétation, voire d’inspiration, des immersions olfactives de plus en plus proposées par le monde muséal », explique-t-on. Son fond de 6000 parfums comprend essentiellement des « repesées », c’est-à-dire des parfums refaits selon la formule originale avec ses molécules de synthèse, ses naturels et ses bases de l’époque.

Mais l’Osmothèque est aussi la seule à détenir les versions originales des parfums de Paul Poiret (Parfums de Rosine) ou les chefs d’œuvres de François Coty. « En ce moment, beaucoup de ces marques renaissent. Régulièrement nous avons des visites pour sentir ces originaux. Cependant, les formules confiées au Conservatoire restent au coffre et elles ne sont utilisées qu’à des fins strictement patrimoniales, et non commerciales. Cette confidentialité nous préserve des conflits d’intérêt. L’Osmothèque porte une voix indépendante », souligne le Président.

Un atout pour l’industrie

Certains groupes ont bien compris le rôle de l’Osmothèque et utilisent ses services. Ainsi, elle intervient régulièrement pour des cycles de culture parfum chez Chanel, ainsi qu’auprès du pôle recherche de LVMH.

Tout récemment, les groupes L’Oréal et Luzi ont également signé des conventions de mécénat pour soutenir l’Osmothèque dans son développement. L’industrie est représentée par la FEBEA, qui contribue à hauteur de 10% du budget de l’institution. Certaines maisons proposent des contributions en nature (dons de matière premières pour le laboratoire ou de parfums disparus repesés à partir de leurs formules) et des adhésions complètent ces flux.

« Les marques ont beaucoup à apprendre du passé même si c’est pour s’en affranchir. C’est aussi le rôle de l’Osmothèque d’être pour elles un outil d’inspiration. Nos archives olfactives doivent nourrir la création d’aujourd’hui et transmettre aux professionnels de demain la trace d’une riche histoire olfactive », conclut Anne-Cécile Pouant.


La version complète de cet article a été publiée dans notre numéro spécial Fragrance Innovation de janvier 2026, à lire ici dans son intégralité.