Premium Beauty News - Pourquoi avoir choisi Paris pour implanter votre nouveau laboratoire de R&D, et comment ce projet s’inscrit-il dans la stratégie internationale de Proya ?
Hou Juncheng - L’ouverture de ce laboratoire s’inscrit dans notre stratégie « Double dix », présentée l’année dernière, qui vise à positionner Proya dans le top dix entreprises mondiaux de la beauté d’ici dix ans.
Paris est un centre majeur de la mode et de la cosmétique. Cette implantation doit nous permettre de renforcer nos collaborations avec les fournisseurs et les fabricants d’ingrédients cosmétiques, mais aussi avec l’ensemble de l’écosystème européen de la beauté.
Le secteur évolue très rapidement : chaque année, des innovations et de nouvelles technologies apparaissent. Pour rester compétitifs, nous devons multiplier les échanges avec les partenaires internationaux et identifier les avancées scientifiques qui pourront enrichir nos produits.
Premium Beauty News - Quelles seront les principales missions du laboratoire parisien ?
Hou Juncheng - Proya dispose aujourd’hui de trois centres de R&D : deux en Chine, à Hangzhou Longwu et à Shanghai, et notre centre en France qui vient d’être doté d’un laboratoire.
Notre centre R&D de Hangzhou Longwu travaille sur l’ensemble de nos catégories de produits, notamment les soins de la peau et le maquillage. Il couvre la recherche fondamentale et appliquée en matière d’ingrédients, de formulation, ainsi que de sécurité et d’efficacité des produits. À Shanghai, notre centre se consacre aux soins capillaires et au microbiote du cuir chevelu.
Le laboratoire du centre d’Innovation européen à Suresnes a une vocation complémentaire. Il doit nous aider à accéder aux innovations européennes, en particulier dans les ingrédients et les technologies cosmétiques, et à identifier les pistes de recherche susceptibles d’enrichir nos développements. L’objectif est de combiner les compétences de nos équipes en Chine avec les connaissances scientifiques et technologiques disponibles en Europe, afin de développer des produits toujours plus pertinents pour les consommateurs chinois mais pas uniquement.
Premium Beauty News - Comment s’organisera ce rapprochement avec l’expertise française et européenne en sciences cosmétiques ?
Hou Juncheng - Notre démarche ne se limitera pas à des collaborations commerciales avec les fournisseurs d’ingrédients. Nous souhaitons également évaluer leurs travaux de recherche et leurs innovations, et développer des projets avec des universités et des organismes de recherche. Nous sommes ouverts à différents modèles de coopération avec ces partenaires, en fonction des sujets et des objectifs scientifiques.
L’un de nos axes de recherche importants concerne l’efficacité des ingrédients. Le laboratoire du centre d’Innovation européen doit ainsi nous aider à identifier les innovations les plus prometteuses et à approfondir leur intérêt pour nos produits.
Nous souhaitons construire des collaborations qui associent les compétences scientifiques de nos partenaires à notre connaissance du marché et des attentes des consommateurs chinois.
Premium Beauty News - Le laboratoire du centre d’Innovation européen travaillera-t-il également au développement de produits destinés aux consommateurs européens ?
Hou Juncheng - Dans un premier temps, notre priorité est le marché chinois. Nous partons des besoins et des attentes des consommateurs chinois, puis nous recherchons en Europe les ingrédients, les technologies et les innovations susceptibles d’y répondre.
Toutefois, le laboratoire ne se limite pas au marché chinois. Il suit les tendances mondiales de la beauté, co-développe des matières premières de pointe avec des fournisseurs européens, accélère le développement de formules haut de gamme et mène des recherches prospectives en collaboration avec des institutions académiques de premier plan.
Au cœur de cette démarche, le nouveau centre de R&D mise sur la complémentarité des expertises pour créer un cercle vertueux d’innovation continue, reliant les insights consommateurs, la recherche scientifique et le développement de produits à l’échelle international
Premium Beauty News - Au-delà de ce laboratoire, quelles sont les ambitions de Proya pour les trois à cinq prochaines années ?
Hou Juncheng - Proya a été fondée en 2003, à une époque où les marques internationales représentaient environ 90% du marché chinois des cosmétiques. Aujourd’hui, leur part est d’environ 43%. Dans l’intervalle, le marché chinois s’est fortement développé, et nous avons nous-mêmes connu une croissance importante. Notre chiffre d’affaires a atteint environ 1,5 milliard de dollars en 2025.
Nous comptons aujourd’hui onze marques, avec un portefeuille couvrant différents segments, du mass market au premium. L’année dernière, nous avons notamment acquis Flower Knows, une marque de maquillage axée sur un univers féminin et espiègle.
Notre stratégie consiste poursuivre le développement de nos activités et à élargir notre présence géographique, notamment en Asie du Sud-Est et en Europe. Pour atteindre notre objectif de figurer parmi les dix premiers entreprises mondiales, nous devrons également examiner les possibilités de compléter notre portefeuille.
Le segment du luxe, par exemple, est intéressant, mais il exige des investissements importants et un savoir-faire spécifique. Dans certains cas, l’acquisition d’une marque déjà établie pourrait être une approche plus pertinente que la création d’une nouvelle marque.
Nous pouvons aussi envisager des investissements ou d’autres formes de coopération avec des entreprises internationales, selon les opportunités et les complémentarités avec notre portefeuille actuel. Il ne s’agit pas nécessairement de procéder à des acquisitions. Nous voulons explorer différents modèles de partenariat, dans une logique gagnant-gagnant.
Premium Beauty News - Ces partenariats pourraient-ils également permettre à des marques internationales de se développer en Chine ?
Hou Juncheng - Oui, tout à fait. Nous disposons d’une connaissance approfondie du marché local et pouvons apporter notre expérience pour accompagner le développement de marques internationales.
Il existe de nombreuses possibilités : des investissements, des partenariats commerciaux ou d’autres formes de coopération, sans nécessairement passer par un rachat. L’essentiel est de trouver des modèles créateurs de valeur pour les deux parties.
L’histoire des grands groupes internationaux montre d’ailleurs que les portefeuilles de marques se construisent progressivement. Pour Proya, l’enjeu est de poursuivre son développement en restant attentifs aux opportunités qui peuvent nous permettre de renforcer notre position sur le marché mondial de la beauté.




























