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Science, R&D

Exposition des jeunes utilisatrices de cosmétiques aux substances chimiques : la CTPA répond

Une étude américaine a montré que s’abstenir pendant quelques jours d’utiliser des cosmétiques contenant certaines substances chimiques controversées suffisait à réduire de façon significative le niveau de ces produits présents dans le corps des adolescentes. Toutefois, cette étude ne dit rien de nouveau sur la question de la toxicité de ces substances, explique l’association britannique des fabricants de produits cosmétiques.

Selon les experts du marché des cosmétiques la vague de titres accrocheurs et l’association systématique entre produits naturels et sécurité devrait profiter aux fabricants de produits cosmétiques naturels et biologiques. Photo : © Matej Kastelic / shutterstock.com

Selon les experts du marché des cosmétiques la vague de titres accrocheurs et l’association systématique entre produits naturels et sécurité devrait profiter aux fabricants de produits cosmétiques naturels et biologiques. Photo : © Matej Kastelic / shutterstock.com

Une équipe de chercheurs de l’université de Berkeley et d’un hôpital californien, la Clinica de Salud del Valle de Salinas, a étudié la concentration de certains substances chimiques parmi une population d’adolescentes recrutées dans le cadre du projet Health and Environmental Research on Makeup of Salinas Adolescents (HERMOSA) dont l’objet est d’étudier les effets des perturbateurs endocriniens sur les adolescentes.

Les chercheurs ont recruté 100 adolescentes pour vérifier si le fait de n’utiliser pendant trois jours que des produits dont l’étiquette précise qu’ils ne contiennent pas de « perturbateurs endocriniens potentiels  » telles que des phtalates, des parabènes, le triclosan et la benzophénone-3 (BP-3) pouvait diminuer la concentration de ces substances dans leur urine. Ils leur ont demandé de troquer leurs cosmétiques habituels contre des produits étiquetés comme ne contenant pas les substances controversées.

Les auteurs de l’étude expliquent avoir choisi des jeunes sujets féminins, non seulement parce que ces dernières utilisent davantage de produits cosmétiques que les hommes (en moyenne 12 produits de beauté ou d’hygiène corporelle par jour, contre 6 pour les hommes), mais aussi parce que des recherches précédentes avaient montré que les jeunes filles utilisaient encore plus de produits que les adultes.

Chute significative des concentrations

Avant cette phase de tests, on a prélevé un échantillon urinaire auprès des jeunes participantes. Ce test urinaire a été répété au terme des trois jours de l’expérience.

Les résultats, publiés la semaine dernière par la revue Environmental Health Perspectives, ont montré qu’après ces trois jours de test, le niveau de produits chimiques présents dans le corps des adolescentes avait chuté de façon significative.

Leurs niveaux de phtalate de diéthyle baissaient de 27%. Les parabens de méthyle et de propyle reculaient respectivement de 44 et 45% et le triclosan et le benzophénone-3 (BP-3) chutaient tous deux de 36%.

Ces résultats conduisent les chercheurs à expliquer que les femmes peuvent réduire de façon significative leur exposition à ces substances en changeant de produits de beauté ou en faisant une pause dans leur utilisation.

« Cette étude montre que les consommateurs ont à leur disposition les moyens de réduire leur exposition aux éventuels perturbateurs endocriniens, par exemple en choisissant des produits cosmétiques étiquetés comme ne contenant pas de phtalates, de parabènes, de triclosan, et de BP-3,  » concluent les chercheurs.

Aucune démonstration d’effet sanitaire

Dans une réponse à la publication de l’étude, la CTPA (l’association britannique des fabricants de produits cosmétiques) explique que « à aucun moment l’étude ne met en évidence le moindre effet perturbateur endocrinien du fait de l’exposition aux substances ciblées. »

Selon la CTPA, le fait que les niveaux détectés de certaines substances dans le corps ou l’urine diminuent quand on évite les produits qui les contiennent n’a rien de surprenant et n’est pas particulier aux cosmétiques.

« Notre corps est bien évidemment habitué à faire face aux choses que nous mangeons ou peuvent être absorbées par la peau, mais ces substances sont facilement métabolisées puis excrétées sans danger. Les niveaux dont nous nous débarrassons dépendent de ce que nous absorbons. Ce qui qu’il est vraiment important n’est pas si nous pouvons détecter la présence d’une substance dans le corps ou l’urine, mais si la présence de cette substance peut effectivement nous causer un préjudice, » ajoute l’association.

La publication de cette étude fait suite à une série de mises en cause de la sécurité des produits cosmétiques, notamment à l’initiative d’organisations de protection des consommateurs. Selon plusieurs spécialistes du marché des cosmétiques la vague de titres accrocheurs et l’association systématique entre produits naturels et sécurité devrait profiter aux fabricants de produits cosmétiques naturels et biologiques, en dépit des mises en gardes scientifiques sur le fait que « nature » et « sécurité » ne sont pas automatiquement corrélées.

Mise à jour : 15 mars 2016 - 10h.30, Paris

Le Personal Care Products Council (PCPC) a à son tour répondu aux résultats de cette étude. Selon l’association professionnelle basée à Washington :

« L’étude ne révèle rien de nouveau. Les ingrédients trouvés dans les urines sont à des niveaux de concentration cohérents avec les résultats issus d’autres études, telles que la National Health and Nutrition Examination Survey (NHANES) réalisée par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Les niveaux décelés pour ces ingrédients n’ont jamais été corrélés à des effets négatifs sur la santé, et la simple présence d’une substance ne signifie pas qu’elle a un impact négatif sur la santé. »

Le PCPC critique également les choix des auteurs de l’étude au sujet des substances sur lesquelles ils ont choisi de se concentrer. « L’étude comprend trois phtalates, seul l’un d’entre eux - le phtalate de diéthyl (DEP) - est utilisé de manière significative dans les produits cosmétiques et de soins de la personne. L’innocuité du DEP a été vérifiée à plusieurs reprises et il a toujours été démontré comme étant sûr dans les conditions d’utilisation. »

Pour en savoir plus : www.personalcarecouncil.org

Vincent Gallon avec AFP/Relaxnews

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