"Compensation carbone"

"La France avait poussé au niveau européen, avec l’Allemagne et l’Italie notamment, pour élargir la liste des secteurs éligibles" à la compensation carbone, une subvention devant compenser le prix du carbone qui est une composante du prix de l’électricité en Europe, a expliqué à l’AFP Jacques Bordas, président de la Fédération des industries du verre.

Ce mécanisme doit corriger un désavantage comparatif par rapport aux produits importés en Europe ne payant pas ce prix du carbone.

L’élargissement "a été obtenu en décembre 2025 et les pays autour de nous mettent en oeuvre cette compensation, mais la France, pour des raisons de contraintes budgétaires, explique qu’il n’est pas possible de le faire", regrette M. Bordas dans un entretien.

L’activité, grande consommatrice d’énergie car le verre est fabriqué dans des fours atteignant des températures extrêmement élevées, "doit faire face à une concurrence internationale croissante", en particulier européenne, et "à une situation industrielle déjà très dégradée", plaide aussi l’industrie du verre dans un courrier au Premier ministre Sébastien Lecornu, daté du 10 juillet et consulté vendredi par l’AFP.

Le secteur, qui consomme environ 80% de gaz pour 20% d’électricité en France selon M. Bordas, espère atteindre le mix inverse, ce qui est notamment possible en investissant dans des "fours hybrides", selon l’organisation. Les principaux fabricants français de verre haut de gamme pour les secteurs du parfums et cosmétiques, notamment Pochet et Verescence, ont déjà engagé cette transition.

Mais les industries ont "besoin d’accompagnement" pour "conjuguer décarbonation et compétitivité", estime encore M. Bordas, craignant à défaut la perspective de fermeture de fours.

Risque de désindustrialisation

Alors que l’industrie verrière française est, selon la fédération professionnelle, que "en chemin pour réussir sa décarbonation", les retards dans la mise en oeuvre du mécanisme européen de compensation risque d’affaiblir un secteur déjà très impacté par la hausse des coûts de l’énergie.

"Une politique industrielle ne se résume pas à financer des investissements. Encore faut-il créer les conditions de leur compétitivité dans la durée," soulignent les signataires de la tribune.

"Un four verrier représente un investissement de plusieurs dizaines de millions d’euros et fonctionne sans interruption pendant dix à vingt ans. Une usine décarbonée qui perdrait sa compétitivité est une usine qui finira, tôt ou tard, par fermer », ajoutent-ils.

Le secteur, qui revendique 48 usines, 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel et 23.000 emplois directs, dénombre quatre fermetures de fours de verre creux depuis 2025, à Vergèze (Gard), au Havre (Seine-Maritime), à Cognac (Charente) et à Vayres (Gironde).

Arc 1825, basé dans le Pas-de-Calais, a supprimé 700 emplois, Duralex Scop basé dans le Loiret recherche un repreneur jusqu’au 6 août prochain et le site AGC Boussois dans le Nord "est à l’arrêt", poursuit la fédération du secteur.

En février, Verallia avait annoncé un projet de réduction de son activité menaçant 360 postes en Europe, dont une soixantaine en France, en raison notamment de la réduction de la consommation d’alcool en Europe.