Les nanotechnologies sont au cœur de ces recherches, portées par une forte demande d’efficacité et de résultats visibles et rapides. En 2024, le marché mondial des nanotechnologies en cosmétique était évalué à 8.36 milliards de dollars et devrait atteindre 9.73 milliards de dollars en 2025, avec un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 16.4% [1].
Nanovecteurs
À l’échelle nanométrique, certaines substances peuvent changer de propriétés et devenir plus réactives. Leur exploitation a permis des avancées majeures en ouvrant l’accès à l’intérieur des cellules. Les nanotechnologies apportent aussi de nouvelles fonctionnalités comme la libération contrôlée, le ciblage précis et la protection du principe actif.
De nouveaux nanosystèmes à libération contrôlée, comme les niosomes, (nanovecteurs vésiculaires, biodégradables, stables et peu coûteux) offrent ainsi une alternative aux liposomes [2]. Les niosomes peuvent délivrer spécifiquement des molécules d’intérêt : antioxydantes, anti-inflammatoires, antimicrobiennes, antibactériennes… tout en garantissant leur stabilité et leur intégrité.
Les voies de recherche
Pour le Pr. Sylvie Begu, du Département de Chimie et Matériaux Moléculaires de l’Institut Charles Gerhardt de Montpellier (ICGM), l’optimisation de la biodisponibilité des substances actives est aujourd’hui un enjeu majeur pour garantir l’efficacité et la sécurité des produits cosmétiques et dermocosmétiques.
« Nos travaux ont montré que des systèmes de vectorisation tels que les liposomes, les nanocapsules lipidiques, les micelles ou encore les émulsions innovantes permettent d’améliorer la stabilité des actifs (souvent sensibles et peu solubles) et leur interaction avec les couches superficielles de la peau. Les vésicules extracellulaires issues de plantes représentent également une approche prometteuse pour le transport d’actifs dans des formulations plus respectueuses de l’environnement. Nos recherches s’articulent autour du développement et de la caractérisation de systèmes d’encapsulation tels que des nanovecteurs lipidiques (liposomes, nanocapsules lipidiques, etc..) et les émulsions de Pickering ou thermo/pH sensibles afin d’optimiser la stabilité et l’activité des ingrédients », explique la chercheuse.
« Les demandes les plus fréquentes de nos interlocuteurs concernent la vectorisation d’actifs sensibles, l’amélioration de leur stabilité dans les formulations, la réduction des ingrédients controversés et le développement de systèmes d’encapsulation innovants. Les technologies permettant de démontrer scientifiquement les bénéfices des produits sur la peau intéressent de près la dermocosmétique », poursuit-elle.
Au cours des dernières années, l’ICGM a centré ses recherches sur les vésicules extracellulaires végétales, dont le potentiel en dermocosmétique suscite un intérêt croissant, tout comme la valorisation de ressources naturelles et les approches d’écoconception.
Prendre en compte l’aspect environnemental
Un des facteurs clés du développement de ces technologies innovantes est la réduction de l’impact écologique des produits.
À l’École nationale des Mines d’Albi-Carmaux, la doctorante Adeline Leluc conduit une recherche sur l’extraction et l’encapsulation simultanées de composants bioactifs issus des déchets de fruits et légumes en utilisant du CO2 supercritique. Ce procédé vert présente l’avantage d’être à la fois économique et adapté aux molécules bioactives en éliminant l’utilisation de solvants. Le but est de déployer à l’échelle industrielle cette technologie 2-en-1 et d’en évaluer tout le potentiel.
Dans la même veine, la thèse de Rim Ben Malek, soutenue en octobre 2025 (Université de Pau, France, et Université de Jendouba, Tunisie) explore la valorisation des composés bioactifs du lin par des procédés d’encapsulation dans des nanoparticules à base d’alginate et de chitosane. L’objectif est de protéger les acides gras insaturés, les protéines et les composés phénoliques du lin, pour améliorer la stabilité, la biodisponibilité et l’efficacité fonctionnelle des extraits, tout en facilitant leur intégration dans des formulations nutraceutiques et cosmétiques.
Différenciation et positionnement éclairé
Certaines marques ont pris le parti de se distinguer en revendiquant un positionnement explicite sur le système de délivrance de leurs actifs. C’est le cas d’Akore, une marque du groupe français Pharmanature. Le laboratoire développe avec ses partenaires des technologies de vectorisation et propose des compléments alimentaires liposomés.
De son côté, Quimidroga distribue en exclusivité en France, en Espagne et au Portugal, la marque LipoVes de la société suisse UBIB, une plateforme avancée d’encapsulation d’actifs cosmétiques sous forme de nanosomes. « Ces systèmes reposent sur une approche de nanotechnologie, tout en n’étant pas considérés comme des nanoparticules au sens de la réglementation cosmétique. Ils sont conçus pour améliorer le transport des actifs, favoriser une meilleure interaction avec la peau et permettre un effet plus progressif et soutenu dans le temps, au-delà des systèmes liposomaux conventionnels utilisés en cosmétique », explique Marc Solans, Directeur du département Technique, Marketing & Développement de Quimidroga.
« Une autre technologie, Tetra-Ceramide LipoVes, associant quatre céramides pour former un complexe nanosomal est particulièrement pertinente pour les soins barrière, la réparation cutanée, l’hydratation longue durée et les formules destinées aux peaux sèches ou fragilisées. Nous travaillons également avec Retinaldehyde LipoVes, une forme nanoencapsulée de rétinaldéhyde. Cette approche permet une meilleure intégration de cet actif sensible dans les formulations cosmétiques, avec une libération plus progressive et une meilleure tolérance d’usage par rapport à une incorporation conventionnelle », détaille-t-il.
La technologie LipoVes peut également être appliquée à d’autres actifs cosmétiques tels que l’acide azélaïque, l’acide alpha-lipoïque, l’acide férulique, le bakuchiol, entre autres. Ces systèmes de Transporteurs Lipidiques Nanostructurés (NLC, pour Nanostructured Lipid Carriers) se composent d’un mélange de lipides -solides et liquides, stabilisés par des tensioactifs.
« La matrice lipidique imparfaitement formée permet une charge accrue en actifs et apporte une meilleure stabilité. Autres avantages : la protection accrue des actifs sensibles, une libération contrôlée et une formulation plus facile. Notre technologie nous permet d’innover et cette année nous avons lancé PréciSome, des porteurs lipidiques nanostructurés pour absorbeurs d’UV. Les filtres chimiques encapsulés selon la technologie NLC forment un bouclier protecteur en surface de la peau et offrent une haute performance de protection UVA et UVB. Ils sont faciles à formuler par un procédé à froid car facilement dispersables. La texture obtenue est non grasse et légère », explique Urs Haller, CEO d’UBIB.
À travers ces différentes approches, les nanosciences apparaissent comme porteuses de nombreuses avancées pour relever le défi d’une efficacité et d’une protection accrues des formules cosmétiques.

























