Premium Beauty News - Pour comprendre la légitimité de votre démarche, peut-on retracer le parcours de l’entreprise Segede ?

Claire Trescartes - L’entreprise est née en 1955, il y a trois générations, sous l’impulsion de Pierre, mon grand-père. À l’époque, elle était implantée au cœur du Marais à Paris et spécialisée dans le travail des métaux pour l’orfèvrerie, la petite bijouterie et la maroquinerie. La deuxième génération, a opéré un changement dans les années 1980 en développant notre expertise autour du zamak, principalement au service du secteur des spiritueux. Les grandes maisons de cognac recherchaient des pièces à la fois techniques, esthétiques et sensorielles, le bouchon devait avoir le bon son, le bon poids, la bonne finition. Cette exigence a structuré notre culture industrielle et notre maîtrise des traitements de surface. Dans les années 2000, la proximité avec les maisons de luxe nous a valu d’être sollicités pour des projets parfum, principalement des capots ou boitiers à concrète. La coulabilité du zamak offrait une possibilité de formes plurielles, de couleurs, de finitions, et ce toucher froid que les marques recherchaient. La parfumerie est devenue un pilier stratégique de l’entreprise avec une expertise reconnue sur des designs complexes.

Premium Beauty News - Comment se répartit aujourd’hui votre activité entre les différents secteurs ?

Claire Trescartes - La compétence de Segede englobe les métaux précieux, de l’or au laiton, mais son expertise majeure porte sur le zamak injecté et sur l’emboutissage de l’aluminium notamment pour des étiquettes ou des médailles. Nous avons toujours été très représentés dans le secteur des spiritueux qui a longtemps constitué la majorité de notre chiffre d’affaires. Aujourd’hui, la parfumerie a pris le dessus car il y a plus de volume et de dynamique, la conjoncture est complexe pour les spiritueux.

Premium Beauty News - Segede vient d’ouvrir un bureau commercial à Dubaï, quelle est votre stratégie de développement à l’international ?

Claire Trescartes - Nous travaillons majoritairement avec des marques européennes, mais notre développement international s’accélère, notamment au Moyen-Orient, où le marché est très important avec des marques locales qui font de très belles choses et qui plébiscitent le zamak. C’est la raison pour laquelle nous avons ouvert le bureau de Dubaï depuis quatre mois. Nous regardons aussi du côté des États-Unis par l’intermédiaire de Business France, principalement pour le marché des marques de niche Car il y a peu de grandes marques de parfum américaines positionnées sur le très haut de gamme.

Premium Beauty News - Comment s’articule la production ?

Claire Trescartes - Segede possède deux usines aux activités identiques, le site historique en France, et un site en Chine en joint-venture, ce qui représente 120 collaborateurs. Cette double implantation permet d’adapter la production selon le choix du client et les contraintes de prix. Certains projets combinent le développement de moules en Chine et la production en France, tandis que d’autres excluent totalement la Chine, notamment dans le secteur des spiritueux. Mon objectif est de pouvoir proposer rapidement des capots aux formes simples, fabriqués en France à des coûts équivalents à ceux de la Chine, en identifiant un réseau de sous-traitants européens et responsables.

Premium Beauty News - Vous êtes particulièrement actifs sur le sujet de la responsabilité du zamak, pourquoi ?

Claire Trescartes - Parce que nous avons constaté que les données sur l’impact environnemental du zamak étaient inexistantes ou inexactes. Jusqu’à récemment, le zamak, matériau de niche sans représentation sectorielle, ne disposait pas de données ACV [1] fiables sur son impact carbone et sa recyclabilité, ce qui pénalisait injustement le matériau. Dans un contexte où l’Union européenne, avec la règlementation PPWR, veut pousser vers une économie circulaire, prouver la recyclabilité des matériaux et baisser l’empreinte carbone, nous avons décidé de prendre le sujet à bras-le-corps. Dans cette « bataille », Segede appuie sa légitimité sur sa position d’acteur industriel français, ce qui est rare sur ce segment qui, en Europe comme en Amérique du nord, est surtout composé de traders.

Premium Beauty News - Quelle a été votre démarche ?

Claire Trescartes - Nous avons mené des analyses de cycle de vie certifiées et validées par des organismes indépendants, démontrant que l’impact carbone réel du zamak est 3 à 4 fois inférieur aux estimations initiales. Il faut savoir que le zamak fond à 400°C, quand l’aluminium nécessite 600°C. À la suite de nos analyses, Ecoinvent a publié récemment les données définitives confirmant le réel impact du zamak recyclé.

Sur le volet de la recyclabilité, nous avons également cartographié l’ensemble de la filière européenne de collecte et de recyclage, permettant la reconnaissance officielle du zamak comme matériau recyclable par le comité de normalisation européen. Celui-ci est désormais officiellement reconnu comme un matériau pleinement recyclable, avec une filière européenne identifiée et cartographiée, validée par CITEO, et des données d’ACV en cours d’intégration dans les bases de référence.

Aujourd’hui, les marques disposent enfin de données fiables pour piloter leurs décisions.

Premium Beauty News - Comment les acteurs du luxe réagissent-ils à ces nouvelles données ?

Claire Trescartes - Les marques se posent des questions et avaient besoin d’informations, mais elles confirment leur engagement sur ce matériau pour le packaging de luxe. Ces avancées permettent de lever des verrous.

Premium Beauty News - Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Claire Trescartes - Continuer à défendre ce matériau responsable, accompagner les marques dans des solutions packaging premium où l’exigence esthétique ne s’oppose pas à la performance environnementale. La véritable durabilité n’est-elle pas de consommer moins, de favoriser le réemploi avec de beaux packagings que l’on ne jette pas ? Pour cela le zamak a tout son sens.


Cet article a été publié dans notre numéro spécial Fragrance Innovation de janvier 2026, à lire ici dans son intégralité.