Premium Beauty News - Après le ralentissement qui a suivi le pic de l’après-covid, comment se comporte le marché américain du parfum aujourd’hui ?
Jean Madar - Pendant la pandémie, le marché américain a connu une transformation remarquable, porté par la prise de conscience que le parfum offrait un moment d’évasion et de soin personnel. On a observé un changement radical dans les habitudes de consommation, notamment avec l’achat en ligne, les consommateurs achetant des fragrances sans pouvoir les sentir au préalable.
Ensuite jusqu’en 2024, les parfums ont été le principal moteur de croissance de la beauté américaine, avec des progressions à deux chiffres, dépassant souvent le maquillage et le soin. En 2026, le parfum devrait rester l’un des principaux leviers de croissance, mais stabilisé à des niveaux plus normaux. Nous restons prudemment optimistes pour l’année à venir.
Premium Beauty News - Quelles sont les spécificités de consommation des marchés américains et européens ?
Jean Madar - Il existe quelques différences clés. Les acheteurs américains privilégient massivement les achats en ligne et adorent expérimenter de nouveaux parfums et les coffrets cadeaux. De plus en plus de consommateurs se tournent vers des outils d’IA, pour trouver le parfum qui leur convient et avoir des recommandations personnalisées. Ils utilisent massivement les réseaux sociaux, en particulier TikTok, comme moyen de découverte et pour acheter de nouvelles fragrances. Ils ont également plus d’appétence pour les marques de célébrités.
Les européens ont également adopté les réseaux sociaux, TikTok et Instagram sont des plateformes essentielles pour explorer de nouvelles fragrances, mais ils accordent toujours une grande importance aux tests en point de vente, c’est le reflet d’une longue tradition du parfum comme artisanat de luxe.
Premium Beauty News - Quel impact est les droits de douane américains sur votre activité ?
Jean Madar - Cela touche tous les aspects de notre activité. La hausse des droits d’importation américains augmente mécaniquement les coûts de presque tous les composants clés de notre activité : les huiles de parfum, l’alcool, le verre des flacons, les vaporisateurs et les emballages. Cela exerce une pression sur les marges et perturbe la chaîne d’approvisionnement. Nous cherchons à absorber ces coûts par des gains d’efficacité internes plutôt que d’augmenter les prix pour les consommateurs, mais dans certains cas, des hausses sélectives et des ajustements opérationnels pourraient s’avérer nécessaires.
Premium Beauty News - Le portefeuille de marques d’Interparfums se répartit entre l’Europe, avec Interparfums SA, et les États-Unis. Quelle est la part des marques européennes dans vos ventes sur le marché américain ?
Jean Madar - Pour le marché américain, environ 70% de nos ventes proviennent des opérations européennes, et 30% des opérations américaines. [1]
Premium Beauty News - Dans ce contexte comment s’organise la production ? Qu’en sera-t-il notamment pour Nautica et Beckham, vos deux nouvelles licences ?
Jean Madar - Notre stratégie de fabrication est d’être au plus près des marchés consommateurs. Pour les marques Beckham et Nautica, nous prendrons les commandes respectivement à partir d’avril 2028 et janvier 2030. Bien qu’encore en cours d’évaluation, la structure de production devrait rester alignée sur ce principe.
Premium Beauty News - Comment envisagez-vous l’évolution du marché américain dans les années à venir ?
Jean Madar - Nous pensons que la découverte et l’achat de parfums en ligne va continuer à progresser, que ce soit via les plateformes de réseaux sociaux ou l’IA. Les consommateurs recherchent de plus en plus la personnalisation, qu’ils trouvent en superposant les fragrances mais aussi par les recommandations personnalisées basées sur l’IA.
Ce sont des canaux de découverte puissants, néanmoins le commerce physique ne sera pas moins important. Au contraire, le retail reste un point de contact essentiel. Donc pour une marque, le storytelling doit être cohérent entre le online et le magasin, pour offrir aux consommateurs une expérience de marque immersive et homogène.
Pour réussir, les marques doivent susciter le désir, que ce soit en tant que porte d’entrée dans l’univers d’une maison de mode emblématique ou dans celui d’une célébrité. Nous continuerons à développer notre portefeuille pour maintenir cette désirabilité à travers toutes nos marques.





























