Cette situation est la conséquence directe des changements initiés par deux ensembles distincts de réglementations : la directive européenne sur les cosmétiques, en particulier son 7ème amendement adopté en 2007, et les textes réglementaires concernant l’enregistrement, l’évaluation et l’autorisation des substances chimiques (REACH). Ces textes ont ouvert la voie à une interdiction graduelle de l’expérimentation animale, qui doit aboutir à l’interdiction totale de la vente en Europe de produits cosmétiques testés sur des animaux, qu’il s’agisse du produit fini ou de ses ingrédients et quel que soit lieu dans le monde où ces tests ont été réalisés.

Toutefois, comme il est maintenant clair qu’il n’y aura pas assez de méthodes alternatives pour remplacer entièrement tests sur les animaux d’ici à 2013, il est encore difficile, à l’heure actuelle, de savoir si cette date limite est réaliste. Premium Beauty News a demandé à M. Florian Weighardt son point de vue sur les problèmes rencontrés par l’industrie pour trouver des alternatives appropriées et sûres.

Dr. Florian Weighardt

Dr. Florian Weighardt

Premium Beauty News - Si en mars 2013 les conditions ne sont pas réunies quelle nouvelle date pourrait-être envisagée ?

Dr. Florian Weighardt - Tout nouveau délai pour l’interdiction totale des essais sur animaux sera probablement fixé au moment où toutes les méthodes alternatives seront disponibles. Mais personne ne sait vraiment. Le dernier mot appartient aux législateurs, qui décident sur la base des avis scientifiques qu’ils reçoivent des experts. Évidemment, les politiques devront également prendre en compte des points de vue sociaux et économiques exprimés par l’industrie, les consommateurs, les ONG et associations concernées.

Premium Beauty News - Pour quel test sera-t-il le plus difficile de trouver des alternatives ?

Dr. Florian Weighardt - Les tests pour lesquels il sera le plus difficile de trouver des alternatives sont ceux qui impliquent des processus physiologiques et métaboliques complexes, comme la toxico-cinétique, la toxicité à doses répétées, la sensibilisation de la peau, la cancérogénicité et la toxicité de la reproduction. Le développement d’alternatives appropriées pour ces tests complexes représente un défi énorme pour les scientifiques. Tous ces tests permettent d’évaluer les caractéristiques toxicologiques des ingrédients, qui mettent en jeu la transformation métabolique finale des substances, leur accumulation finale et les effets de l’exposition chronique. Aucun de ces aspects ne peut être analysé dans le cadre d’une « simple » culture cellulaire.

Premium Beauty News - Les fabricants de cosmétiques financent-ils la recherche sur ces alternatives ?

Dr. Florian Weighardt - Oui, plusieurs entreprises investissent des sommes considérables dans le développement et la validation de ces alternatives - c’est devenu indispensable. En fait, l’expérimentation animale exige des structures hautement spécialisées et des cadres nombreux pour fonctionner efficacement, sans parler des nombreuses et évidentes préoccupations éthiques qui leur sont associées. Les autres tests ont l’avantage de nécessiter moins de contrôle gouvernemental, tout en éliminant du débat les questions morales.

Premium Beauty News - L’interdiction peut-elle transformer l’industrie cosmétique de manière permanente - par exemple, certains produits vont-ils cesser de devenir faisables et ne plus être fabriqués du tout ?

Dr. Florian Weighardt - Seul le temps nous le dira. Théoriquement, si un ensemble de méthodes alternatives validées est mis à disposition, rien ne changera. D’autre part les obligations de REACH, combinées avec l’interdiction de l’expérimentation animale, vont nécessiter un nombre de tests sans précédent pour les nouveaux composés et ceux existants. L’industrie chimique et les fabricants vont être directement impactés, mais nous devrons attendre et voir quel en sera le niveau de gravité.