L’étude, parue dans la revue Environmental Health Perspectives"Mixture of Plasticizer Chemicals and Child Intelligence : A Weight-of-Evidence and Meta-Analysis-Informed Bayesian Approach in a Cohort with Improved Exposure Assessment," Vicente Mustieles ; Matthieu Rolland ; Ainhoa Pérez-Cantero ; Sam Bayat ; Séverine Valmary-Degano ; Cathrine Thomsen ; Amrit K. Sakhi ; Rémy Slama ; Karine Guichardet ; Claire Philippat - Environmental Health Perspectives (2026), montre que des "expositions pendant des périodes sensibles, notamment la grossesse, à un mélange de produits chimiques, dont certains sont des perturbateurs endocriniens, sont susceptibles d’avoir des effets sur le neurodéveloppement de l’enfant", résume pour l’AFP son autrice, Claire Philippat, chercheuse à l’INSERM et à l’université de Grenoble.

Ce travail, mené par une équipe INSERM de l’université de Grenoble-Alpes, en collaboration avec le CNRS, le CHU de Grenoble et l’université de Grenade, en Espagne, s’appuie sur le suivi de 380 mères et leurs enfants (la cohorte Sepages) et sur une modélisation intégrant les connaissances antérieures sur ce sujet.

Phtalates et bisphénols

Les scientifiques ont mesuré notamment l’exposition à quatre phtalates (DEHP, DEP, DnBP, DiBP) et deux bisphénols (A et S), via des prélèvements répétés d’urine de femmes enceintes et leurs bébés - nombre d’études précédentes se basaient sur un seul prélèvement.

Ils ont ainsi observé des associations entre l’exposition à ces substances présentes dans l’organisme des femmes enceintes, et les scores de QI de leur enfant à l’âge de trois ans, mesurés par un test standardisé.

"En moyenne, les scores de QI diminuaient de 2,86 points quand l’exposition à toutes les substances du mélange augmentait d’un niveau", commente Rémy Slama, directeur de recherche INSERM et l’un des auteurs de l’étude, cité par un communiqué.

Cependant, précise Claire Philippat, "ça ne veut pas dire que tous les enfants exposés ont perdu 3 points de QI, mais qu’en moyenne, le score de QI au niveau de la population française serait plus bas de 3 points".

"Quelques points de QI en moins, cela peut sembler peu pour un enfant mais, à l’échelle de la population, cela se traduit par plus d’enfants en difficulté, avec des conséquences pour l’école, la santé, l’économie", souligne Mme Philippat.

Produits du quotidien

Selon Mme Philippat, ces phtalates et bisphénols sont "détectés chez la quasi-totalité de la population". Ils sont omniprésents dans notre environnement ; ils servent notamment d’additifs dans certains plastiques, comme "le PVC qu’on retrouve dans les revêtements de sol, les rideaux de douche ou certains tuyaux", ils peuvent être présents dans "des parfums, des cosmétiques, certains vernis et peintures", énumère-t-elle. Les bisphénols sont aussi "utilisés comme fixateurs d’encre dans les tickets de caisse". [1]

Si "utiliser moins de produits cosmétiques" ou de "produits alimentaires emballés dans des plastiques, en particulier quand ils sont chauffés", réduit notre exposition, seule "la réglementation et la restriction des substances avérées comme nocives", permettra une protection efficace pour la population, conclut la chercheuse.

Dans une étude précédente, l’INSERM avait mis en évidence qu’une réduction de l’exposition à certains produits du quotidien, comme les cosmétiques, permettait de réduire significativement et rapidement la concentration de certains polluants chimiques et perturbateurs endocriniens (comme le bisphénol A) dans les urines chez l’humain.