Depuis 30 ans, cette petite manufacture basée à Limoges se consacre exclusivement à la fabrique de pièces en céramique technique qui, imprégnées de parfum, diffusent de manière fidèle les notes olfactives. Un savoir-faire unique qui repose sur une technologie exclusive, baptisée CeraScent. Créée et brevetée par Frédéric Sochat, elle est capable d’imprégner le parfum en profondeur et de le restituer jusqu’à six mois sans en altérer les notes. À l’heure de la retraite, le fondateur passe la main en 2022.

C’est Aude Desanges, qui reprend l’entreprise, séduite par la beauté du produit et l’étendue des possibilités d’expression de l’identité de marque. « Après un parcours en marketing et communication de quinze ans chez L’Oréal, j’ai immédiatement vu le potentiel. Mon souhait était de faire connaitre ce savoir-faire français unique à un plus grand nombre d’acteurs du luxe, souvent tournés vers le made in China pour ce type de produits. À la croisée entre l’artisanat d’art et l’industrie, l’entreprise Les Parfumables répond à une double attente des marques : à la fois à l’exigence forte de qualité et à l’envie de produire dans le respect de l’environnement », explique la jeune entrepreneure.

Face à la concurrence chinoise, la dirigeante fait valoir l’ancrage local avec un écosystème de fournisseurs partenaires limitant l’impact carbone, et sa capacité à rivaliser en prix, en délais et en qualité avec les alternatives importées.

Plus qu’un matériau

La technologie CeraScent, qui distingue la céramique Les Parfumables, repose sur l’association d’un matériau spécifique et de différentes étapes de travail, lui garantissant une porosité contrôlée, essentielle à la diffusion optimale des parfums. Cela va de la préparation de la pâte et sa mise en forme, au parfumage du produit, en passant par le frittage (ou cuisson de la matière). L’entreprise assure également le décor éventuel de ces pièces blanches, voire l’émaillage dans certains cas, ainsi que le conditionnement pour les commandes nécessitant un étui, un ruban, ou autre.

« Contrairement aux procédés classiques, nous ne pratiquons pas le coulage. Chaque pièce est façonnée en fonction du projet, à l’aide de machines adaptées et d’outillages exclusifs, développés en interne. Que ce soit pour des produits plats, en volume ou cylindriques, nous détournons et ajustons nos outils pour répondre aux exigences de chaque création. On nous consulte souvent pour des projets difficiles comme des émaillages complexes, des mises en forme inédites. Nos équipes adorent ça ! », raconte Aude Desanges.

La cuisson d’une durée de 24 à 48 heures s’effectue dans l’un des quatre fours électriques. Dès lors, la matière est prête à être décorée, éventuellement émaillée pour une fonction protectrice, puis enfin parfumée.

« Nos clients nous font confiance et nous envoient leurs concentrés, ce qu’ils ne feraient pas avec n’importe quel fournisseur. Nous pouvons ensuite jouer sur les concentrations et le temps d’imprégnation en fonction de l’épaisseur de la pièce ou de son usage. Certains n’ont pas de parfum maison, dans ce cas, nous les mettons en relation avec des maisons de composition ou proposons nos cinq parfums catalogue », poursuit la dirigeante.

Une rémanence possiblement infinie

Sur 3000 m2, la manufacture de 24 salariés, labellisée Ateliers d’Art de France et Entreprise du Patrimoine Vivant, offre la possibilité de réaliser de petites comme de grandes séries avec la même exigence à chaque étape de production, pour trois grandes familles de produits : les testeurs et échantillons olfactifs, les cadeaux de marque, et les diffuseurs de parfums d’intérieur.

« Nos plus gros clients sont des groupes internationaux comme The Estée Lauder Companies, LVMH, L’Oréal, Coty ou Puig, des marques de niche, mais aussi des hôtels et des spas. Nous répondons à toutes les demandes, des plus simples aux plus sophistiquées », poursuit la dirigeante.

La rémanence tient à l’alliance de plusieurs facteurs. Bien sûr le matériau de base mais aussi la qualité du parfum, le jeu de concentration, la forme et la taille de la pièce, et la façon de le conditionner. « Cela peut aller jusqu’à six mois sans aucune dénaturation du parfum, mais on peut aussi reparfumer la pièce indéfiniment avec le même parfum », indique Aude Desanges.

Un atout important pour les testeurs en points de vente, qui permet à la fois l’économie en parfum mais aussi en saturation de l’air. De même que pour les diffuseurs de parfum d’intérieur, les céramiques Les Parfumables présentent en effet l’intérêt d’une diffusion passive, alternative aux solutions émettrices de COV telles que les bougies ou vaporisateurs.

Nouveaux horizons

En croissance, l’entreprise prévoit d’investir dans un nouveau site de production à l’horizon 2027. « Sur un terrain adjacent à l’usine actuelle, nous construisons des locaux mieux adaptés aux exigences de performance énergétique et de qualité de vie au travail », précise la présidente, qui partage également plusieurs ambitions pour les années à venir.

L’une d’elles est scientifique, à travers des partenariats de recherche, l’entreprise souhaite approfondir la compréhension des interactions physiques et chimiques entre le matériau et les parfums. « Nous voulons objectiver cette performance et comprendre pourquoi certains parfums fonctionnent mieux que d’autres, ainsi que déterminer les conditions optimales à mettre en place », indique Aude Desanges.

Enfin, la société entend conquérir de nouveaux marchés, notamment dans l’hôtellerie internationale portée par l’essor du marketing olfactif. Avec leur grande culture du parfum, les pays arabes présentent également des opportunités à saisir pour l’entreprise.