Valérie Lebelt, Albéa

Valérie Lebelt, Albéa

Premium Beauty News - Exigences de durabilité renforcés, délais de mise sur le marché réduits, séries plus courtes : le marché du tube cosmétique connaît d’importantes transformations !

Valérie Lebelt - Incontestablement ! Il y a eu à la fois une transformation des attentes et une accélération du marché.

D’abord, l’exigence de durabilité a pris une place essentielle, avec l’apparition de matériaux plus durables et l’allègement des tubes. Pour les tubes plastique, notre offre de tubes intégrant des résines Post-Consumer Recycled ou bio-sourcées s’est considérablement élargie. Quant au tube laminé, il permet également d’imaginer des structures multi-couches alliant recyclabilité, innovation et protection des formules. Ces évolutions transforment aussi la façon dont on imprime le corps du tube. L’exemple le plus notable est le paper tube que nous avons présenté avec L’Oréal lors du dernier salon Luxe Pack à Monaco et qui sera lancé très prochainement sur le marché. Non seulement les propriétés du matériau sont différentes en production, mais la couleur marron du papier change aussi les contraintes d’impression.

Autre évolution, avec l’essor des indie brands et la tendance des marques historiques à imiter leurs pratiques de test and learn, on nous demande des séries plus courtes.

En parallèle, la contrainte du time to market prend de plus en plus d’importance. Aujourd’hui, les attentes sont de 4 à 6 semaines pour un nouveau produit. C’était 3 mois il y a quelques années …

Enfin, on observe un besoin croissant de différenciation. Dans le secteur du tube, produit très standardisé, cela passe en grande partie par le décor, dont l’importance est encore accrue par l’impératif visuel, ce que nous appelons l’instagramisation, et la tendance vers la premiumisation.

En résumé, on nous demande toujours plus d’agilité, de réactivité, d’innovation et de fiabilité ! Et notre capacité à développer rapidement et efficacement de nouveaux décors est au cœur de cette transformation.

Premium Beauty News - La pandémie liée au covid-19 impacte-t-elle ces tendances ?

Valérie Lebelt - La crise sanitaire actuelle met surtout en évidence l’importance de la flexibilité dans les approvisionnements, pour ne pas être immobilisé par la disruption d’un fournisseur ou d’un pays, et de la réactivité, pour pouvoir s’adapter rapidement à de brusques variations du marché.

Et là encore, les tubes étant relativement standardisés, c’est la capacité à basculer les décors d’un site de production à un autre qui permettra, ou pas, de garantir la continuité des approvisionnements.

Premium Beauty News - D’où le pari de la digitalisation ?

Valérie Lebelt - C’est bien plus que cela, c’est une véritable transformation du processus de développement et de décoration du tube ! Le digital permet effectivement d’accélérer et de fiabiliser certaines étapes techniques. Mais il permet aussi de gérer des projets en mode collaboratif, et d’assurer la transparence de bout en bout.

Il y a quelques semaines, je vous aurais parlé de l’intérêt de la collaboration digitale pour échanger entre départements techniques, entre sites de fabrication, bien sûr entre nos clients et nous, et ainsi accélérer et fiabiliser le développement d’un nouveau décor. Aujourd’hui, j’ajoute que cela permet aussi de démultiplier rapidement des productions sur nos différents sites, dans différents pays, et ainsi flexibiliser et sécuriser les approvisionnements.

Sur le plan technique, l’impression digitale offre évidemment de nombreux atouts en matière de rapidité d’exécution, d’agilité et de personnalisation. Tout cela est très séduisant mais, en pratique, acheter une imprimante digitale ne suffit pas. Le résultat ne peut être fiable que si l’amont est maîtrisé. En allant vers le digital, on supprime le réglage en pied de ligne mais on génère des besoins nouveaux en amont. Et comme nous devons aller toujours plus vite, nous devons nous assurer de maîtriser le pré-presse, la mise au point des couleurs, la conception des outils.

La maîtrise de toute la chaîne graphique est donc à la fois un enjeu de qualité et de time-to-market. C’est le cœur de notre programme Décor & Développement 4.0. Nous nous sommes rapprochés de spécialistes de la chaine graphique comme Esko, qui est devenu un véritable partenaire dans la transformation digitale du processus de développement des décors. Esko nous apporte des outils de dernière génération, ainsi qu’une plateforme collaborative permettant de gérer les projets – d’abord ceux liés à un nouveau décor, mais avec en ligne de mire les développements complets, incluant notamment la matière, la capsule, l’applicateur. D’abord au sein d’Albéa, mais avec en ligne de mire une interface digitale intégrée avec nos clients.

Premium Beauty News - Concrètement, comment cela se traduit-il aujourd’hui pour vos clients ?

Valérie Lebelt - Très vite, nous avons compris que le travail de standardisation et de contrôle des paramètres des décors, en amont de la production, pouvait nous permettre la simulation des résultats du décor imprimé en dehors de la ligne, ce que nous appelons le proofing.

Nos clients reçoivent toujours un véritable échantillon ! Ce qui change c’est que nous pouvons nous passer de l’essai sur ligne qui représente un coût important et génère un délai supplémentaire de 4 à 5 semaines ainsi que l’utilisation de près de 300 kg de matière plastique.

Concrètement, notre travail sur la chaîne graphique nous a permis de standardiser complètement la formulation des couleurs et le rendu de l’impression sur les matériaux les plus courants. Nous utilisons des systèmes de proofing - des petites machines digitales qui permettent d’imprimer le décor directement sur le support du tube et peuvent être calibrées avec la machine - pour obtenir un résultat représentatif de ce qui sera réalisé avec la machine de production.

C’est un gain de temps considérable et une énorme réduction de l’impact puisque cela ne nécessite que 150 g de matière ! Et pour nos clients, plus besoin de se déplacer sur le site de production ! Nous avons estimé que l’économie en carbone correspond à l’éclairage d’une ampoule pendant 43 ans.

Premium Beauty News - Quels sont les premiers retours ?

Valérie Lebelt - Pour les clients qui ne disposaient pas des ressources nécessaires pour réaliser un essai en ligne c’est un service supplémentaire très apprécié ! Pour les autres, c’est évidemment un changement d’habitudes avec la crainte que l’échantillon reçu ne soit pas réaliste par rapport au résultat final.

Dans les faits, il y a un véritable intérêt de nos clients car l’équation comprend aussi un gain de temps et de prix. La phase de développement est moins chère, donc la proposition commerciale est ajustée et ils peuvent avoir leur échantillon en mains en deux jours parfois, contre 4 à 6 semaines auparavant.

Premium Beauty News - Prochaines étapes ?

Valérie Lebelt - La crise actuelle nous a conduit à accélérer le déploiement de cette solution. Déjà disponible en Europe pour les décors de tubes laminés, elle le sera dès cet été également pour les décors de tubes plastique, mais aussi pour la totalité du processus de développement d’un nouveau tube, incluant notamment la matière et la capsule – et notre plateforme collaborative et sécurisée sera également ouverte à nos clients. Développer un nouveau tube devient un projet collaboratif, efficace, rapide, avec à la clé des économies de temps, d’argent, de plastique et d’émissions carbone ! La dernière étape sera ensuite l’extension aux États-Unis puis à l’Asie…