Après le décès à Nice, lundi 27 juillet, d’une femme de 25 ans lors d’un soin esthétique réalisé sans autorisation, médecins et esthéticiens pressent le gouvernement d’agir plus efficacement contre les soins esthétiques clandestins. La victime, qui s’était rendue dans un petit salon de beauté situé dans l’ouest de Nice pour des injections de botox au niveau des fesses, a fait un malaise juste après une injection de lidocaïne, un produit anesthésiant, et n’a pas pu être réanimée. En mars, une femme d’une quarantaine d’années est décédée dans des circonstances similaires à Villeurbanne, dans la banlieue lyonnaise.
Selon un communiqué du procureur de Nice, Damien Martinelli, trois personnes ont été mises en examen : la gérante du salon, âgée d’environ 28 ans, et la femme ayant réalisé l’injection, âgée d’environ 36 ans, ainsi que le mari de la seconde, qui avait emporté des produits juste après le drame avant de les remettre aux enquêteurs.
Lors de la perquisition du salon, les enquêteurs ont trouvé 1.500 euros en liquide et "de nombreux produits neufs et usagés, notamment des médicaments, des seringues et des produits injectables manifestement en provenance d’Asie", selon le communiqué. La femme ayant réalisé l’injection n’avait aucune formation spécifique et intervenait via le bouche à oreille depuis 2022. Installée en région parisienne, elle était en vacances dans le Var et avait été sollicitée par la gérante du salon niçois.
L’affaire s’inscrit "dans un contexte de développement de ces activités illicites et dangereuses", a regretté M. Martinelli. En juin, sa juridiction a connu deux affaires distinctes autour d’injections clandestines.
40% des injections esthétiques
En dépit des risques, ces pratiques semblent s’être largement banalisées. Dans une lettre ouverte adressée à la Ministre de la santé, Stéphanie Rist, le Syndicat des médecins libéraux et le Cercle des bonnes pratiques en médecine esthétique affirment que les fake injectors ont déjà conquis "une part considérable de clientèle". Les deux organisations estiment que "près de 40% des personnes ayant recours à des injections esthétiques en France s’adressent aujourd’hui à des personnes qui ne sont pas médecins".
Dans un communiqué, le Dr Eric Essayagh, médecin esthétique à Nice et coprésident du Cercle des bonnes pratiques en médecine esthétique, évoque "une urgence de santé publique", dénonçant des injections réalisées "en dehors du cadre médical, dans des appartements, des instituts ou des lieux qui échappent à tout contrôle".
Or, les décès ne sont que la partie émergée de l’iceberg, "des centaines de patients" étant victimes "de complications, de blessures ou de séquelles provoquées par des fake injectors".
Les deux organisations de médecins demandent que le texte d’application du décret du 9 juillet 2026 soit publié [1] dans sans délai afin de permettre un accès à la toxine botulique pour les médecins formés et assurés et la mise en place effective d’une offre de médecine esthétique.
De son côté, la Confédération Nationale Artisanale des Instituts de Beauté et Spas (CNAIB SPA) déplore que certaines pratiques, telles que la prothésie ongulaire, l’extension de cils ou le maquillage semi-permanent, aient été exclues ou maintenues hors du champ des soins esthétiques réservés aux professionnels qualifiés. Selon elle, cette déréglementation permet l’exercice d’un large éventail d’activités esthétiques sans aucune formation obligatoire.
Expliquant demander depuis 2021, aux gouvernements successifs l’ouverture d’un chantier global de réforme du métier, la CNAIB-SPA souligne que les professionnels qualifiés de l’esthétique disposent d’une formation reconnue, notamment en matière d’hygiène et de réglementation, et refuse qu’ils soient "assimilés à des personnes pratiquant illégalement des injections ou d’autres actes médicaux".
Médecins et esthéticiens s’accordent pour demander au gouvernement une action ferme pour mettre un terme aux activités illégales.

























