Les mitochondries sont connues pour être des usines à énergie. Grâce à l’ADN mitochondrial (ADNmt), différent de celui des cellules, assure leur autonomie. Des chercheurs de l’EPFL (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne) [1] ont récemment découvert que la transmission de cet ADNmt lors de la division cellulaire, s’organise de manière spécifique par un simple changement de forme des mitochondries. Surnommé le perlage mitochondrial à cause de son aspect en collier de perle, ce phénomène éphémère permet aux cellules de répartir l’ADNmt de façon extrêmement organisée et précise.
Pendant cette phase, la mitochondrie se déforme, fabrique des perles régulières qui contiennent chacune un morceau d’ADN. Ce processus dynamique (fréquence et durée du perlage) est contrôlé par la membrane interne de l’organite. La vivacité mécanique de cette membrane est la condition d’un perlage réussi. On découvre ainsi que les cellules utilisent non seulement des phénomènes biochimiques mais aussi physiques pour leur fonctionnement. [2]
Se pose alors la question du déclencheur de ce mécanisme ; il semblerait que le calcium, cet ion généraliste, à la base de nombreux mécanismes dans notre organisme, constitue le signal de départ. Lorsqu’il pénètre dans la mitochondrie, le phénomène de perlage se déclenche et ce, plusieurs fois par minute, tandis que les structures membranaires internes contribuent à préserver l’arrangement établi.
Les mitochondries sont ainsi capables d’organiser elles-mêmes la répartition homogène de leur patrimoine génétique. En cas de dérèglement de ce processus, l’homogénéité et la régularité des perles sont perturbées. Il se forme des agrégats, sources de dysfonctionnements à l’origine de nombreuses maladies métaboliques, neurologiques ou neurodégénératives comme Alzheimer et Parkinson.
La santé mitochondriale, une garantie du « bien vieillir »
Des mitochondries en bonne santé, c’est l’assurance d’une vitalité préservée grâce à un métabolisme équilibré et une énergie cellulaire stable. Mais cet équilibre est fragile. De nombreux facteurs, comme la pollution, les pesticides, les métaux lourds, ou des carences nutritionnelles, peuvent altérer leur bon fonctionnement. Elles produisent alors des radicaux libres en excès (ROS) responsables de stress oxydatif. Or ce stress agit sur le vieillissement des cellules en endommageant les télomères, marqueurs clés du vieillissement, situés à l’extrémité de nos chromosomes.
Le dysfonctionnement mitochondrial pourrait être l’une des causes profondes du processus de vieillissement, en accélérant la dégradation de notre ADN. En protégeant les mitochondries, on pourrai ainsi disposer d’un intéressant levier d’action sur la longévité. Une meilleure compréhension de leur fonctionnement, ouvre ainsi de nouvelles voies d’action.
Actifs ciblés, de nouvelles voies pour des cosmétiques centrés sur la longévité ?
Solabia est l’un des premiers fournisseurs d’actifs cosmétiques à s’être intéressé aux mitochondries et à avoir déposé un brevet en 2012 est, avec l’actif Viniderm qui ciblait l’ADN mitochondrial. Puis en 2025, un actif plus polyvalent est mis sur le marché : Pro-Longevia, obtenu à partir de feuilles de framboisier biologique, par co-extraction en condition subcritique.
« Pour maximiser la richesse moléculaire tout en préservant l’intégrité phytochimique, la co-extraction en condition subcritique permet de révéler tout le potentiel des ellagitanins de feuilles de framboisier, une source bio-inspirée prometteuse, reconnue pour son rôle clé dans les mécanismes de la longévité. Pro-Longevia propose ainsi une approche holistique et scientifiquement étayée du vieillissement cutané, en ciblant l’ensemble des ‘hallmarks of aging’, pour des améliorations visibles et durables de la peau », explique Oriane Le Roux, Cheffe de produit Marketing, chez Solabia. « Concernant plus spécifiquement les mitochondries, leur bon fonctionnement conditionne la production d’énergie, la résistance au stress et la capacité des cellules à se régénérer. Pro-Longevia contribue à soutenir l’organisation du réseau mitochondrial, indicateur clé du bon fonctionnement cellulaire, mainenant ainsi l’efficacité bioénergétique, essentielle à la production d’ATP et à renforcer la vitalité et la résilience des cellules cutanées, notamment face aux agressions environnementales. Lorsqu’on travaille sur la longévité, la mitochondrie constitue une cible particulièrement pertinente ».
Préserver l’équilibre et le bon fonctionnement de la mitochondrie devient un objectif commun pour les laboratoires qui travaillent sur le vieillissement. Chez Silab, l’actif naturel Algophagyl agit en activant trois leviers de défense : le contrôle de la qualité des mitochondries, la dynamique mitochondriale et la mitophagie pour soutenir la régénération épidermique.
L’utilisation très médiatisée de MitoPure par Lancôme, dans le cadre d’une collaboration avec start-up suisse Timeline, pionnière en sciences de la longévité, a relancé l’intérêt de la recherche sur la jeunesse cellulaire et la mitochondrie. Mitopure est une forme hautement purifiée d’Urolithine A, un post-biotique capable de « ré-énergiser » les mitochondries. Cette molécule n’est pas nouvelle, elle est déjà présente dans de nombreux compléments alimentaires destinés à ralentir le vieillissement cellulaire depuis les années 2000. Mais elle suscite un nouvel engouement avec l’intérêt grandissant de l’industrie de la beauté pour la longévité.
Dans le cadre des recherches sur la longévité, la santé mitochondriale devient un axe majeur de prévention. La société française Nutrisolution, en a fait son cœur de métier. Tout récemment, elle a mis sur le marché MitoBoost - Performance & Anti-Âge Mitochondrial, un complément alimentaire qui associe la Pyrroquinoléine-quinone (PQQ) à ses cofacteurs — CoQ10, acide alpha-lipoïque (R-ALA), NADH et astaxanthine — enrichi en L-carnosine. Une formule qui agit au cœur des mitochondries pour stimuler leur renouvellement, optimiser la production d’ATP et protéger durablement contre le stress oxydatif. Pour le Dr. Pierre Maldiney, cofondateur de la marque, « remettre la mitochondrie au cœur de la clinique, c’est répondre aux zones grises : fatigue chronique, récupération, stress oxydatif ». Il y voit une approche complémentaire, « jamais opposée à l’allopathie ».
L’intérêt croissant pour les mitochondries pourrait ainsi permettre d’ouvrir de nouvelles voies de ciblage en matière de vieillissement. Le perlage mitochondrial ajoute une pierre à l’édifice de la compréhension du fonctionnement des mitochondries et leur rôle essentiel dans la prévention du vieillissement. Le rôle des structures membranaires, du calcium et la découverte d’un phénomène physique expliquant la gestion de leur ADN révèle toute l’agilité de ces organites remarquables.

























