Les médicaments à base d’analogues du GLP-1, utilisés pour traiter le diabète de type 2 et l’obésité, ont gagné en popularité ces dernières années, notamment auprès de personnes cherchant à gérer leur poids. L’impact sur le secteur de la beauté est considérable, selon Pia Fisher, senior beauty strategist au sein de l’agence de tendances WGSN.
« La demande est bien présente »
Devant les participants du salon in-cosmetics Global qui s’est tenu le mois dernier à Paris, Pia Fisher a déclaré que l’utilisation croissante de médicaments GLP-1 à l’échelle mondiale représente une « opportunité majeure » pour le secteur de la beauté.
« L’adoption du GLP-1 nous intéresse de près, car elle entraîne une évolution significative des attentes des consommateurs dans quasiment toutes les catégories de produits de beauté, ce qui est assez unique pour une tendance du secteur », explique-t-elle. « Ces médicaments ne constituent pas seulement une avancée médicale majeure, mais aussi une véritable révolution culturelle et commerciale. Ils modifient la perception que les gens ont de leur poids, mais aussi de leur bien-être, voire même de leur identité ».
Les habitudes de consommation des utilisateurs de GLP-1 évoluent également, ajoute Pia Fisher, leurs budgets se détournant des produits alimentaires, de la restauration rapide et de l’alcool au profit des produits de beauté, du bien-être et du fitness. Surtout, précise-t-elle, « nous n’avons pas encore atteint le pic d’adoption » du GLP-1, ce qui montre l’immensité du potentiel pour le secteur de la beauté.
« La demande est bien présente, mais je ne pense pas que le marché ait réagi assez rapidement », indique-t-elle à Premium Beauty News.
Les États-Unis représentent actuellement le principale marché du GLP-1 et constituent une excellente plateforme pour les marques de beauté souhaitant identifier les opportunités liées à cette tendances. Le Royaume-Uni, qui est également un marché « relativement mature », arrive en seconde position. Mais la Chine et l’Inde devraient devenir des marchés extrêmement intéressants dans les prochaines années, car les brevets liés au GLP-1 y ont récemment expiré, ouvrant ainsi la voie aux génériques. « Selon certaines données, la Chine devrait devenir le plus grand marché du GLP-1 d’ici 2030 ; le phénomène sera donc colossal », souligne Pia Fisher.
Soins du corps : « C’est là que l’impact du GLP-1 est le plus visible »
Selon WGSN, les soins du corps sont la catégorie beauté sur laquelle l’essor des médicaments GLP-1 aura le plus d’impact. « C’est là que les conséquences de la prise de GLP-1 sont les plus visibles », affirme Pia Fisher.
« Le GLP-1 transforme complètement la façon dont les consommateurs prennent soin de leur corps », ajoute-t-elle. Les utilisateurs de GLP-1 se concentrent sur des zones corporelles très spécifiques, comme l’abdomen, la poitrine, les fesses, les mollets, les mains et même les pieds. Nombreuses sont les personnes qui se tournent vers les soins corporels comme un « outil pour accompagner le corps dans ces changements, tant physiques qu’émotionnels », dit-elle.
Selon Pia Fischer, il existe une réelle opportunité pour des « soins corporels raffermissants et fonctionnels » qui contribuent à améliorer l’élasticité de la peau pendant et après une perte ou une prise de poids rapide. Surtout, cela fait passer les soins corporels dans un rôle plus directement fonctionnel. Il est également possible de cibler l’hydratation de la peau, notamment grâce à des huiles légères et des lipides biomimétiques pour repulper des zones spécifiques.
Elle cite notamment la marque Dermalogica (Unilever) et son sérum Dynamic Skin Sculptor, conçu pour tonifier et raffermir la peau grâce à un mélange de NAD+ et de microalgues. Autre exemple : la marque américaine Buttface Skincare et sa BBL Firming Cream, conçue pour repulper et raffermir les fesses grâce à un mélange d’extraits botaniques et de peptides.
Sur le plan émotionnel, Pia Fisher explique que les marques de soins corporels ont l’opportunité d’innover dans le domaine du bain afin de repositionner cette catégorie comme un « espace de ressourcement permettant de se reconnecter à de nouvelles identités ». Cela pourrait se traduire par des bains relaxants conçus pour apaiser et revitaliser le système nerveux, ou par des produits de bain contenant des fragrances neuro-cosmétiques ou des actifs aux bienfaits émotionnels.
« Les soins corporels ont le potentiel de devenir un outil de ressourcement émotionnel pour les personnes sous GLP-1 », affirme-t-elle.
Gua Sha, LED, lasers et cafés collagène
Pour Pia Fisher, les instruments cosmétiques vont jouer un rôle essentiel, car les personnes sous GLP-1 cherchent à agir manuellement sur certains aspects de leur corps, tels que la circulation sanguine, le drainage lymphatique et le relâchement des fascias.
La marque australienne Sancta Solice, par exemple, propose un Gua Sha pour le corps en pierre sculptante, utilisable au sauna ou avec une huile ou une crème corporelle pour favoriser la circulation lymphatique. La marque française Beautology Lab propose quant à elle une brosse lymphatique sèche en bois et en herbe naturelle. La société britannique LYMA propose de son côté un laser froid multifonctionnel qui permet de raffermir, lifter et régénérer la peau sur différentes parties du corps. Bien que ce dernier soit un produit de luxe (plus de 2000 euros pour la petite version), il ne faut pas sous-estimer l’importance de ce segment parmi les produits destinés aux utilisateurs de GLP-1. Pia Fisher souligne que nombre d’entre eux dépensent jusqu’à 1000 dollars par mois en médicaments, ce qui témoigne d’un « revenu disponible important ».
Les appareils raffermissants ou tonifiants utilisant des micro-courants ou des LED pour maintenir la peau et stimuler le collagène, devraient également rencontrer un vif succès, car les consommateurs de GLP-1 sont très portés sur les rituels de beauté et de bien-être lors de leurs transformations corporelles, ajoute l’analyste.
Proposer des solutions de soins du corps et de la peau combinant des produits topiques et un outil ou un appareil permettant d’en accroitre l’efficacité présentera également de nombreux attraits, affirme-t-elle. La marque américaine HigherDose en est un bon exemple, avec son coffret Body Sculptor Ritual comprenant un spray transdermique au magnésium, un gel sculptant et un appareil à lumière rouge et infrarouge. La marque coréenne VT Cosmetics propose PDRN Reedle Shot, une crème liftante pour les yeux qui vibre pour optimiser la diffusion des principes actifs tout en renforçant l’effet liftant.
Par ailleurs, les espaces où les consommateurs peuvent se rendre pour utiliser ces outils vont se multiplier. Pour illustrer ce phénomène, Pia Fisher, cite en exemple le 48 Collagen Café à Paris, qui possède également une adresse à Bali. On peut y commander un cocktail fonctionnel à base de collagène et louer un masque LED.
























