L’Union européenne semble avoir obtenu le résultat qu’elle visait ! Depuis son entrée en vigueur, la taxe sur le contenu des petits colis importés dans l’Union européenne a conduit à une baisse significative des importations en provenance de plateformes de vente en ligne asiatiques telles que Shein, Temu, ou AliExpress. Les importations de ces paquets ont chuté de l’ordre de 30% à 40% dans l’Union européenne, a annoncé jeudi 27 août le Ministère de l’Economie, citant un chiffre des douanes françaises.

Depuis le 1er juillet, Bruxelles applique une taxe de 3 euros sur chaque catégorie de produit logé dans ces petits colis. L’objectif affiché était clairement de freiner l’essor grandissant des plateformes asiatiques toute en soutenant les détaillants européens.

En 2025, près de 5,9 milliards de petits colis étaient entrés sur le marché européen, soit plus de 180 chaque seconde. C’est quatre fois plus qu’en 2022. Sur ce total, 93% provenaient de Chine, dont les entreprises bénéficient d’une exonération de droits de douane sur les colis de moins de 150 euros importés en Europe.

Des chiffres d’autant plus affolants que l’Union européenne soupçonne une partie substantielle des produits importés, notamment des cosmétiques, d’être non conformes au droit communautaire voire dangereux. En juillet, Que Choisir Ensemble a mis en garde les acheteurs contre les crèmes solaires disponibles sur les plateformes de vente en ligne Temu, AliExpress et Shein. "Les conclusions sont alarmantes : sur les dix produits testés, neuf ne sont pas conformes et la majorité n’assure tout simplement pas la protection solaire promise", expliquait alors l’association de défense des consommateurs dans un communiqué.

Les grandes plateformes asiatiques de vente en ligne, dont Shein, Temu et AliExpress sont les figures de proue, qui ont massivement investi le marché européen, sont également accusées de pollution environnementale, de concurrence déloyale voire de travail forcé.

Chez AliExpress on regrette une taxe socialement injuste. "La conception même de ces mesures présente des failles fondamentales", a déclaré la plateforme à l’AFP, estimant que ces "surcoûts pèsent de manière disproportionnée sur les ménages à faibles revenus à travers l’Europe et accentuent la crise du coût de la vie." Également contactées par l’AFP, Shein n’a pas souhaité commenter et Temu n’avait pas réagi dans l’immédiat.

Taxe temporaire

La taxe est temporaire : elle est mise en place jusqu’à une refonte en profondeur du système douanier européen, prévue dans deux ans. Par ailleurs, elle sera complétée à partir de novembre par des "frais de traitement", qui aideront à financer les services douaniers. Le montant n’a pas encore été fixé mais pourrait s’élever à deux euros par colis.

L’application de shopping Joko, qui s’appuie sur les transactions bancaires d’1,5 million de personnes en France, a révélé que les ventes en volumes chutaient drastiquement chez les entreprises visées par la taxe. Le site chinois de type "bazar" Temu a enregistré une baisse de 50% entre juin et juillet, tandis que son homologue AliExpress subissait une chute de 37% et Shein de 15%.

"Plusieurs enseignes augmentent leur panier moyen pour absorber le coût de la taxe, avec +30% chez Temu et +27% chez AliExpress entre juin et juillet 2026. AliExpress a confirmé désormais inclure les droits de douane dans ses prix", a encore analysé le site.

La relative résistance de la plateforme de mode Shein, originaire de Chine mais désormais basée à Singapour, s’explique par l’ouverture d’un "entrepôt géant" en Pologne "dès décembre 2025", ce qui "réduit son exposition à la taxe", selon Joko.

Preuve que ce déclin est dû à la taxe, le cabinet d’études Nielsen IQ constate qu’au Royaume-Uni, "qui n’est logiquement pas concerné par cette loi, les plateformes chinoises sont à +5% (en valeur, NDLR) en juillet", a-t-il chiffré pour l’AFP.