Professeur Daniel Hartmann

Professeur Daniel Hartmann

Premium Beauty News - D’où vous vient votre intérêt pour les tissus et plus particulièrement le collagène ?

Professeur Hartmann - Dans les années 80, le Centre Technique du Cuir [1] a mis en place à Lyon une activité scientifique autour du collagène. Plusieurs équipes travaillaient sur ce sujet ; certaines sur l’extraction de collagène, d’autres sur l’impact de pathologies sur la matrice extracellulaire comme par exemple les fibroses hépatiques. À l’Institut Pasteur de Lyon, j’étais impliqué dans la production de sondes immunologiques : les anticorps [2] dirigées contre les molécules de la matrice extracellulaire comme les collagènes, l’élastine, la laminine … Notre spécificité était de travailler sur des protéines d’origine humaine mais aussi d’autres espèces animales.

Ce groupe de travail a évolué et Lyon est resté une plateforme rassemblant des chercheurs académiques et industriels spécialisés dans ce domaine. Nous avons d’ailleurs la chance d’avoir un pôle de compétitivité mondial, Lyonbiopôle, qui est un centre d’excellence en infectiologie pour la thérapeutique et le diagnostic et dont la société Novotec [3] fait partie.

Aujourd’hui mes activités de Professeur à la faculté de pharmacie m’amènent à travailler sur les matériaux et les dispositifs médicaux à destination de la santé. Ces biomatériaux peuvent être synthétiques tels que les céramiques, les bioverres ou les polymères résorbables comme l’acide polylactique, ou naturels tels que le collagène. Les applications sont par exemple les produits de substitution osseuse, les vis résorbables à vocation chirurgicale ou les pansements enduits favorisant la cicatrisation. Dans ce but, nous avons développé une expertise en analyse tissulaire en collaboration avec Novotec.

Premium Beauty News - Quelles sont vos spécificités dans ce domaine ?

Pr Hartmann - Nous travaillons en partenariat avec Novotec dont je suis conseiller scientifique. Novotec développe, produit et commercialise des anticorps spécifiques de la matrice extracellulaire et propose son expérience en caractérisation tissulaire. Dans ce cadre, les techniques classiques d’analyse tissulaire comme l’histologie, l’immunohistochimie (utilisant des anticorps pour cartographier le tissu) et la microscopie électronique ont été récemment complétés par l’hybridation in situ. L’information recueillie est ainsi plus complète puisque sur un même tissu nous pouvons avoir en parallèle la localisation d’une protéine d’intérêt et l’expression de son gène. Des études cinétiques sont par ailleurs possibles pour suivre les protéines produites au cours d’un processus de réparation tissulaire comme la cicatrisation.

Premium Beauty News - Quelles sont les applications des différentes méthodes d’analyse tissulaire notamment pour le domaine cosmétique ?

Pr Hartmann - Les méthodes développées sont essentiellement appliquées dans le secteur de la santé mais des passerelles avec la cosmétique existent car l’approche expérimentale est identique.

Pour exemple, les effets de molécules pharmaceutiques ont été étudiés sur des peaux pathologiques comme le psoriasis. D’autre part, les réactions liées à l’implantation de substituts cutanés et de biomatériaux ont été analysées et suivies in vivo chez la souris, le lapin et le rat. Une publication est en cours de validation.

Pour le domaine de la cosmétique, des travaux sur l’effet de molécules actives présentes dans une crème ont été réalisés afin d’explorer le remodelage tissulaire et comprendre les mécanismes associés. Nous essayons de répondre aux questions : Qui, Quand et Où ? Je pense que dans le futur, les preuves scientifiques seront de plus en plus incontournables dans le domaine cosmétique qui se rapproche du secteur du domaine de la santé. Je suis par ailleurs membre du Centre Européen de Dermocosmétique (CED) dont l’un des objets est précisément de renforcer la connaissance scientifique dans le domaine cosmétique.

Premium Beauty News - Envisagez-vous d’aller plus loin dans l’analyse tissulaire ?

Pr Hartmann - Oui, nous souhaitons répondre à la question Combien ? C’est-à-dire après avoir eu accès à la localisation de l’expression des protéines dans les tissus, pouvoir quantifier cette expression au niveau génique. C’est un axe de développement important pour Novotec.