Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler dans le packaging ?
Thomas Bernad - J’ai grandi dans une petite entreprise industrielle familiale qui fabriquait des peintures en aérosol. Très jeune, j’ai été immergé dans cet univers, notamment à travers les salons professionnels, ce qui m’a donné une vision très concrète de l’industrie. L’emballage n’est jamais neutre — il influence directement la façon dont un produit est utilisé.
Pendant mes études et mes stages, j’ai eu accès à un laboratoire et à des experts en formulation et en packaging. J’ai alors compris que la chimie, la mécanique et l’expérience utilisateur étaient indissociables. Mais la véritable inspiration vient de mon père. J’ai toujours admiré sa capacité à innover en sortant des sentiers battus. Cette manière de remettre en question les standards m’a poussé à repenser la bombe aérosol de l’intérieur.
Quel a été votre plus grand défi en tant que jeune leader ?
Thomas Bernad - Le défi principal a été technique. Travailler avec de l’air comprimé plutôt qu’avec des gaz liquéfiés implique une pression moins constante et une atomisation beaucoup plus complexe. Or, la peinture exige une dispersion parfaitement homogène pour garantir un rendu propre.
Il a fallu reconstruire tout le système : la géométrie du diffuseur, la rhéologie de la peinture, la dynamique de pression. Rien ne pouvait être copié des aérosols traditionnels. J’ai étudié plus de 800 formulations pour comprendre le comportement de la matière et maîtriser la fluidification au niveau de la buse.
À cela s’ajoutent les enjeux business et humains. Il faut naviguer entre de petites structures agiles et de grands industriels exigeant des volumes importants, tout en faisant ses preuves dans un secteur où mon jeune âge peut parfois être perçu comme un frein. Ce fut parfois complexe et il a fallu faire la preuve de la performance du produit.
Si vous pouviez changer une idée reçue sur le packaging ?
Thomas Bernad - Que le packaging serait passif. Dans l’aérosol, c’est exactement l’inverse. Le packaging est le cœur de la performance du produit.
La valve, la pression interne, le propulseur, la compatibilité avec la formulation ou le spray pattern déterminent directement l’expérience utilisateur : la qualité du rendu, la fluidité du geste et la sécurité. Lorsqu’on remplace les propulseurs fossiles par de l’air comprimé, on ne peut pas adapter un modèle existant : il faut tout réinventer.
Pour les 25 ans de la Paris Packaging Week, quel héritage imaginez-vous pour les Future Leaders ?
Thomas Bernad - Je pense que notre génération est capable de répondre aux enjeux actuels de durabilité, de créativité et de transformation des modèles industriels, à condition de travailler avec les experts seniors qui ont bâti cette industrie.
L’IA accélère les cycles de développement, mais l’humain reste central pour le sens, la responsabilité et la vision long terme. L’héritage que j’aimerais voir émerger est celui d’une génération capable de collaborer et de poser les bonnes questions pour construire un futur viable.
Quel conseil donneriez-vous aux jeunes professionnels du packaging ?
Thomas Bernad - Le packaging est un domaine immense. Il faut l’aborder avec humilité et curiosité. Comprendre un système de pulvérisation, c’est maîtriser la formulation, la réglementation, la mécanique, le marché et les contraintes commerciales. Plus la vision est globale, plus les solutions sont pertinentes et crédibles.
Un packaging iconique selon vous ?
Thomas Bernad - Pour moi, la bombe aérosol est iconique en elle-même ! Elle n’a presque pas évolué depuis la Seconde Guerre mondiale : une boîte, un gaz liquéfié, une formulation.
Ce qui m’inspire, c’est l’idée d’atomiser la peinture sans énergie fossile. Mon objectif est de créer une alternative vraiment durable, structurellement meilleure, avec à terme un système réutilisable et rechargeable.

























