En cosmétique, la nanotechnologie consiste à intégrer des particules de taille nanométrique —entre 1 et 100 nanomètres — dans les formulations. Ces nanoparticules peuvent servir d’ingrédients actifs ou fonctionnels, ou encore de vecteurs, offrant divers avantages tels qu’une biodisponibilité accrue, une meilleure pénétration, une libération ciblée, une stabilité renforcée et même des textures inédites.

Aujourd’hui, divers nanomatériaux sont déjà utilisés dans les cosmétiques — notamment les liposomes, les niosomes, les nanoparticules lipidiques solides, les vecteurs lipidiques nanostructurés, les dendrimères et les cubosomes —principalement dans les innovations anti-âge, la protection solaire, l’éclaircissement de la peau et l’hydratation, précise l’étude. Toutefois, malgré des "avancées prometteuses", les auteurs de l’étude soulignent que des inquiétudes persistent, "tant au sein de la communauté scientifique qu’auprès des consommateurs", concernant la sécurité et les effets à long terme des nanoparticules.

Les potentiels risques pour la santé des nanoparticules insolubles fait l’objet d’un "vif débat dans les milieux scientifiques", précisent les chercheurs, en raison notamment de résultats contradictoires et d’un manque d’études toxicologiques à long terme. Les questions liées à l’application des nanoparticules et plus généralement aux modalités d’exposition suscitent également des questions : l’exposition par inhalation est considérée comme un risque réel, tout comme le passage potentiel de particules nanométriques dans la circulation sanguine lors de la fabrication ou de l’utilisation des produits. Des risques potentiels de bioaccumulation ont aussi été mis en évidence.

"Ces préoccupations soulignent la nécessité d’adopter une approche prudente quant à l’intégration des nanotechnologies dans les cosmétiques", écrivent les auteurs.

Sécurité, toxicologie et impact environnemental

L’étude pointe plusieurs "actions clés" requises pour que les nanotechnologies s’installent dans les cosmétiques, et suggére aux industriels d’adopter une « démarche proactive ».

Selon les auteurs, l’investissement dans la recherche, une communication transparente auprès des consommateurs, l’harmonisation réglementaire et l’adoption de pratiques durables seront déterminants pour le succès des nanotechnologies dans les cosmétiques, tout comme la recherche de « fondements scientifiques solides » lors des nouveaux développements.

En matière de durabilité, les chercheurs soulignent l’importance d’adopter des pratiques respectueuses de l’environnement lors de la manipulation de nanomatériaux ; ils précisent que des "stratégies globales, fondées sur une collaboration internationale et des réglementations strictes", seront nécessaires pour garantir que les bénéfices des nanoparticules n’aillent pas à l’encontre de la santé environnementale.

"En abordant ces aspects critiques, l’industrie cosmétique peut exploiter tout le potentiel des nanotechnologies tout en garantissant la sécurité des produits et en répondant aux nouvelles attentes des consommateurs. Cette approche proactive permettra aux entreprises d’innover et de différencier leur offre sur un marché de plus en plus concurrentiel, pour une industrie cosmétique plus dynamique et plus responsable", écrivent-ils.

Interrogée par Premium Beauty News, le Dr Barbara Brockway, consultante en cosmétologie, confirme la nécessité d’une approche équilibrée en matière de nanotechnologies, fondée sur une transparence totale de l’industrie, une réglementation plus intelligente et des recherches sur les impacts écologiques — comme c’est le cas pour tout ingrédient cosmétique.

Un sujet "passionnant" pour les scientifiques

Toutefois, Barbara Brockway souligne que, lorsqu’elles sont abordées correctement, les nanotechnologies sont extrêmement prometteuses. "Notre industrie est réputée pour sa capacité à adopter rapidement de nouvelles technologies afin de résoudre des problèmes cosmétiques. Les nanotechnologies pourraient bien apporter les réponses dont nous avons besoin pour résoudre certaines de nos difficultés les plus complexes."

Selon elle, les nanotechnologies offrent aux scientifiques du secteur cosmétique une "précieuse boîte à outils pour une administration ciblée des actifs cosmétiques et une efficacité accrue".

"... C’est un sujet passionnant. Il faut s’y engager en pleine connaissance de cause, s’appuyer sur des bases scientifiques solides et tenir compte des contraintes réglementaires", explique-t-elle.

Le Dr. Brockway note qu’aujourd’hui une large gamme de systèmes d’administration bien étudiés — notamment les exosomes, les nanoparticules lipidiques solides, les vecteurs lipidiques nanostructurés et les dendrimères — est déjà utilisée par les formulateurs cosmétiques, principalement pour des applications de bien vieillir, en matière d’hyperpigmentation et de protection cutanée ciblée. Toutefois, elle estime qu’il reste des domaines inexplorés, comme le ciblage du microbiome cutané pour moduler sa composition, ou l’utilisation de systèmes de nanoparticules « intelligentes » capables de réagir au pH de la peau, à la température ou à l’exposition aux UV.

Les travaux portant sur les exosomes et les vésicules d’origine cellulaire constituent également un domaine à suivre, ajoute-t-elle. "Les exosomes sont particulièrement prometteurs en raison de leur robustesse. Leur origine naturelle, leur capacité de ciblage cellulaire et leur biocompatibilité pourraient leur conférer des avantages pratiques et réglementaires par rapport aux autres systèmes de nanomédiation."