Premium Beauty News - Pouvez-vous nous raconter l’histoire de cet accord d’investissement avec LVMH Luxury Ventures ?

David Benedek - Je cherchais à lever des fonds afin de déployer la marque. Cet univers très concurrentiel nécessite en effet des moyens pour se développer. Notamment pour engager des gens de talent, aux profils variés, ce qui a un coût. Actuellement, l’équipe se compose de 26 personnes en France. À titre de comparaison, nous étions une dizaine l’an dernier. Cette levée de fonds vise aussi à ouvrir des boutiques, développer le retail et une stratégie digitale pointue.

J’ai rencontré LVMH Luxury Ventures par l’intermédiaire de Joël Palix. Jusqu’ici, tel un chef d’orchestre, j’ai toujours géré le développement de mes produits, de la production, de la distribution et du commercial. Aujourd’hui, j’étoffe l’équipe afin de me focaliser sur la création. Car ma valeur ajoutée porte sur l’aspect créatif au sein de la Maison, qu’il s’agisse des produits, des formules ou de l’image…

Premium Beauty News - Et comment se déroule la collaboration ?

David Benedek - LVMH Luxury Ventures opère dans une approche de construction et de déploiement de marque. Avec une volonté de respecter le travail accompli jusqu’ici, sans interférer dans la vision créative de la Maison. C’est cette démarche qui m’a donné envie d’avancer à leurs côtés.

Dans cette optique de pérennisation, les échanges amènent une réflexion sur le long terme pour mûrir les projets et établir une stratégie en termes d’image, d’offre et de retail. Avec une quête d’harmonie globale, essentielle dans un projet créatif. Or, il me semble que nous parlons le même langage avec LVMH Luxury Ventures. Cette nouvelle donne suscite plus de travail, mais c’est mon choix, puisque le soutien d’un fonds institutionnel comme celui-ci traduit nécessairement l’envie de croître. Mais à travers des projets choisis.

Premium Beauty News - Quels sont ces projets à venir ?

David Benedek - Le rythme des lancements va ralentir ces trois prochaines années, (environ un par an, versus deux ou trois ces dernières années). La marque dispose déjà de plusieurs fragrances iconiques (Gris Charnel, Impadia…), dont on va révéler de nouvelles facettes… J’ai envie de faire vivre mes créations, via des campagnes, des anniversaires, des collaborations artistiques. Mais le développement de nouveaux parfums se fera à plus long terme. Ce choix traduit une volonté d’asseoir notre image, avant d’explorer des nouveautés.

Nous célébrons les dix ans de BDK autour d’un bel événement en juin, dont nous reparlerons prochainement.

Nous venons de dévoiler la Collection Studio, qui explore le lien entre mode et parfum, à travers les textures, les matières premières… Un thème qui m’est cher, puisque je suis passionné de mode et que j’ai étudié à l’IFM. Cette collection s’articule autour de trois absolus, très concentrés, signés Jordi Fernandez (Givaudan).

Premium Beauty News - Quel est l’impact de cet investissement côté retail ?

David Benedek - Le retail incarne notre image, le message que nous véhiculons, l’expérience que nous offrons à nos clients. C’est pourquoi notre boutique parisienne est amenée à évoluer, notamment en termes de codes et de service sur mesure, pour être au plus près des besoins des clients. J’envisage la boutique comme un lieu d’échange, car le parfum doit fédérer.

Par ailleurs, nous avons des projets d’ouverture dans nos marchés clés tels que le Royaume-Uni, le Moyen-Orient, l’Australie, l’Asie du Sud-Est, le Japon, la Corée et les États-Unis. Idéalement, nous aimerions, à horizon cinq ans, ouvrir entre huit et douze boutiques, à l’image de notre flagship parisien.

Premium Beauty News - Et en termes de gamme ?

David Benedek - Le marché de la niche évoluant sans cesse, il faut se réinventer sans cesse, sans perdre son âme. Or je suis convaincu que, pour perdurer, il ne faut pas suivre les tendances. Il est aussi essentiel de bénéficier d’un réseau de distribution très sélectif. Or LVMH Luxury Ventures a une expertise très pointue du retail. Avec une vision pertinente qui consiste à laisser le temps aux piliers de s’installer, pour capitaliser sur les best-sellers. C’est pourquoi je n’accepte pas de nouvelles propositions jusqu’en 2029, les prochains lancements étant validés d’ici là.

La marque cherche aussi à structurer son discours. La collection Exclusive et la collection Matières vont fusionner. J’aspire aussi à étoffer la gamme des Extraits, un registre sur lequel nous figurons parmi les précurseurs - Gris Charnel Extrait a vu le jour en 2021- car elle permet d’explorer de nouvelles facettes d’une fragrance.

Premium Beauty News - Qu’en est-il de votre indépendance créative dans ce nouveau contexte ?

David Benedek - J’ai une liberté totale. L’intérêt de ce soutien, c’est, entre autres, de mettre en place une structure qui me libère du temps pour me concentrer sur la dimension créative. La marque tend d’ailleurs à évoluer vers un studio de création de parfums. Ce terme témoigne d’une vision qui consiste à lier le parfum à l’art, à l’avant-garde, à la mode, aux matières… On crée des ponts autour de l’idée du parfum comme un art de vivre. En travaillant avec plusieurs parfumeurs, comme un studio travaille avec plusieurs créateurs.