Dans le cadre d’une table ronde organisée au début du mois par la Cosmetic, Toiletry and Perfumery Association (CTPA), représentants du gouvernement et de l’industrie britanniques ont partagé leurs vues sur la meilleure manière de communiquer auprès du public, des médias et des consommateurs.
Au cours de cet événement, qui s’est tenu au Central Hall Westminster à Londres, les membres de la CTPA ont exploré différentes pistes pour concilier données scientifiques, décisions réglementaires et compréhension par le public, dans un contexte de surcharge informationnelle et de désinformation généralisée dans le secteur de la beauté.
Dans son discours d’ouverture, Caroline Rainsford, directrice scientifique de la CTPA, a souligné l’importance cruciale d’une communication scientifique efficace. "Quel que soit notre poste, nous passons nos journées à essayer de traduire des informations scientifiques complexes en quelque chose de plus accessible et compréhensible pour le grand public", a-t-elle insisté.
Plus tard, lors d’une table ronde sur le rôle de communication scientifique dans la confiance des consommateurs, elle a souligné l’importance de contextualiser les données scientifiques destinées aux consommateurs.
Contexte et cohérence
"Je me souviens d’une conversation avec des professionnels de la beauté au sujet d’un ingrédient interdit dans les vernis à ongles. Le contexte était clair : il faudrait appliquer deux kilos de vernis à ongles pour atteindre une concentration nocive. Je pense que contextualiser les choses permet vraiment de sensibiliser les gens", a souligné Caroline Rainsford.
Marc Pissavini, directeur du laboratoire de recherche sur les solaires chez Coty, partage cet avis. Selon lui, l’analogie de la piscine olympique peut être utile pour faire comprendre les rapports de quantité. En effet, à raison de deux litres par jour, il faudrait environ 4500 ans à une personne pour boire l’équivalent d’une piscine olympique. "Si vous expliquez cela à quelqu’un, il comprendra aussi qu’une goutte d’eau dans une piscine, ce n’est rien. Pour lutter contre la désinformation, il faut d’abord expliquer aux consommateurs comment mesurer et comprendre les informations".
Tout cela repose également sur l’éducation et la cohérence, a-t-il ajouté. Selon M. Pissavini, "la crédibilité scientifique exige de la cohérence. Nous devons parler d’une seule voix, ce qui n’est pas toujours le cas. Si demain, dermatologues, médecins, grandes entreprises, tous ici présents, nous parlions d’une seule voix en passant du ‘je’ au ‘nous’, je pense que nous serions bien plus forts".
Si elle considère "intéressante" cette idée de voix unique, Wendy Middleton, directrice scientifique et responsable des sciences au sein de l’Office for Product Safety and Standards (OPSS) du gouvernement britannique, estime qu’il est néanmoins important de noter que les scientifiques ne sont pas très doués pour l’unanimité. Selon elle, la crédibilité scientifique repose avant tout sur la critique et l’évaluation par les pairs. "Je ne dis pas qu’il ne faut pas essayer de parler d’une seule voix, mais il est important que nous soyons conscients de ce qu’est notre profession et de la manière dont nous échangeons entre nous", a-t-elle déclaré.
Marc Pissavini, par ailleurs rédacteur en chef de l’International Journal of Cosmetic Science (une revue scientifique à comité de lecture), a souligné l’importance cruciale du processus d’évaluation par les pairs au sein de la communauté scientifique.
Caroline Rainsford a estimé que le secteur devait œuvrer collectivement pour "démystifier le processus d’évaluation par les pairs". Selon elle, la plupart des gens, y compris des professionnels du secteur, ne comprennent pas son fonctionnement.
À la rencontre des consommateurs
Claire Coleman, journaliste, rédactrice et consultante spécialisée dans les sciences de la beauté, a pointé l’importance d’identifier les sources de désinformation. "Selon moi, la meilleure approche pour corriger une information erronée est de commencer par là où elle se propage", a-t-elle déclaré. "Il faut aller à la rencontre des gens là où ils se trouvent. Pour moi, il s’agit de repérer les sources de désinformation et de s’assurer de partager des bases communes."
Wendy Middleton abonde dans ce sens : "Aller à la rencontre des gens là où ils se trouvent est absolument essentiel. Les consommateurs ne sont pas difficiles à atteindre ; ils sont difficiles à entendre". Selon elle, il est primordial d’être davantage à l’écoute.
Pour Claire Coleman, en revanche, il est important que l’industrie cosmétique comprenne qu’elle ne pourra pas convaincre ou "atteindre" tout le monde. "Il ne faut pas se focaliser uniquement sur les personnes difficiles à atteindre, mais plutôt sur les indécis, en particulier ceux qui cherchent à mieux comprendre", a-t-elle expliqué.
Roger Pullin, responsable des politiques et de la santé pour la Chemical Industries Association du Royaume-Uni, a souligné l’importance d’éviter autant que possible les termes techniques et autres acronymes dans la communication avec les consommateurs. "Si l’on essaie de se mettre à la place du consommateur, les messages doivent être précis et clairs, sans pour autant perdre leur sens scientifique". Toutefois, a-t-il ajouté, cela devient évidemment "délicat" lorsqu’on aborde des sujets complexes comme l’exposition basée sur les risques, mais cela devrait être l’objectif à atteindre.
Il estime également que les entreprises devraient s’efforcer de présenter une perspective scientifique plus équilibrée dans leurs communications. "La science n’est pas forcément binaire ; c’est un problème auquel nous sommes confrontés", a-t-il déclaré. "La transparence est essentielle, mais il faut aussi reconnaître les incertitudes. Nous devrions être francs et directs : qu’est-ce qui est réellement inconnu ? Parfois, nous essayons d’éviter les questions embarrassantes."
"La manière dont nous communiquons la science, et le fait de bien la communiquer, sont essentiels", a conclu Emma Meredith, directrice générale de la CTPA.

























