Le groupe suisse Clariant se montre prudent pour 2026 face au climat d’incertitude avec les multiples rebondissements autour des droits de douane américains qui pèsent sur la demande dans le secteur de la chimie. Clariant compte demander leur remboursement, même si la procédure est pour l’instant "peu claire", a indiqué son directeur général, Conrad Keijzer, lors d’une conférence téléphonique à l’occasion de ses résultats annuels.

Le groupe n’est pas le plus directement affecté puisqu’il dispose de "68 usines dans le monde", qui produisent majoritairement sur place pour ses clients locaux. Mais certains composants doivent tout de même être importés aux États-Unis, les droits de douane ayant donc été répercutés à ses clients américains. Le montant payé en 2025 se chiffre à "environ 17 millions de francs" (18,6 millions d’euros), précise M. Keijzer. Clariant entend demander leur remboursement afin de les restituer à ses clients.

Si l’impact direct est limité pour Clariant, les rebondissements sur les droits de douane alimentent l’incertitude macroéconomique au détriment de la demande. Entre leur invalidation la semaine passée par la Cour Suprême, puis l’annonce de Donald Trump d’une nouvelle surtaxe de 10%, il y a beaucoup "d’éléments en mouvement", avec "un niveau accru d’incertitude", constate M. Keijzer.

Stagnation des ventes

En 2025, cette incertitude a pesé sur la demande, notamment pour les applications industrielles, a indiqué le groupe dans le communiqué détaillant ses résultats. Hors effets de change, les ventes du groupe ont stagné, entre d’un côté une hausse de la demande pour les composants destinés aux produits agricoles, miniers, détergents et produits d’hygiène, et de l’autre une baisse de la demande pour les produits de catalyse.

Compte tenu des effets négatifs de change avec la force du franc suisse, son chiffre d’affaires annuel a diminué de 6% par rapport à l’année précédente, à 3,9 milliards de francs.

Pour l’exercice 2025, le groupe a essuyé une perte nette de 41 millions de francs suisses, contre un bénéfice net de 280 millions de francs en 2024, en raison d’un effet comptable lié à la vente en décembre de sa filiale au Venezuela à CMV Química. Avec cette cession, Clariant a dû inscrire dans ses comptes 230 millions de francs d’écarts de conversion cumulés sur plusieurs années.

Clariant évolue dans "un marché difficile", "mais gère bien les défis", comme l’atteste "l’amélioration de ses marges" grâce à ses mesures d’économies, a commenté Sibylle Bischofberger, analyste chez Vontobel.

Pour 2026, Clariant s’attend à une stagnation de ses ventes dans la mesure où "les défis macroéconomiques, incertitudes et risques subsistent". Le groupe a toutefois réaffirmé ses objectifs à moyen terme, à l’horizon 2027, visant une croissance de ses ventes de 4% à 6% hors effets de change.