De Stockholm à New York via Paris

Travaillant comme « bookeuse » pour une agence de mannequin à Stockholm, s’initiant très vite au maquillage, Brigitte Reiss-Andersen est repérée par un certain nombre de photographes de mode. Nous sommes en 1980.

Brigitte Reiss, make-up artist

Brigitte Reiss, make-up artist

Deux ans plus tard, c’est le hasard. Elle rencontre José Luis le légendaire maquilleur et créateur de la gamme de maquillage d’Yves Saint Laurent. Il s’agit de maquiller ses vingt mannequins qui font un défilé ce jour-là à Stockholm et il a besoin d’une assistante. Elle répond à l’appel. Le courant passe et passe même très bien entre eux. Tellement bien qu’il lui donne très vite le choix. Le suivre ou ne pas le suivre à Paris. En moins de temps qu’il ne le faut pour le dire, c’est fait. Bagage plié, billet d’avion, c’est parti ! Cela durera deux ans. « Une période très riche », confie-t-elle, « où je vais travailler avec José Luis pour de prestigieux magazines de mode ainsi que sur les défilés de mode importants (Montana, Alaïa, YSL) ».

Nous sommes début 1985, Brigitte Reiss-Andersen décide de voler de ses propres ailes et prend son premier agent. La saga continue et elle est demandée par ELLE, Vogue, Harper’s Bazaar et crée les looks pour les pubs d’Yves St Laurent, Biotherm, L’Oréal. En 1987, la question se pose. Pourquoi ne pas aller à New York ?

« C’est amusant, c’est mon coiffeur Frédéric Fekkai qui m’a donné l’idée. Il m’avoue qu’il part s’installer de l’autre côté de l’Atlantique. Cela m’a d’abord intrigué mais, très vite, l’envie a pris le dessus. Pourquoi pas ? ». Là encore, Brigitte Reiss-Andersen ne tarde pas à se décider.

« À mon arrivé à New York, confie-t-elle, l’ambiance est bien différente de celle de Paris. Ici ce n’est pas seulement une vocation peu ou mal payée, c’est une profession à part entière et qui ne demande qu’à se développer. » Brigitte Reiss-Andersen renforce son professionnalisme et… se marie !

Direction artistique

Son talent n’échappe à personne. Elle travaille avec les grands photographes (Demarchelier, Penn, Leibovitz, Elgort), les couturiers (Kamali, de la Renta, Ralph Lauren) et passe son temps entre les studios de Paris et New York. Puis son ami de longue date Frédéric Fekkai qui démarre une marque de produits divers à son enseigne avec le groupe Chanel, lui demande de créer une ligne de maquillage.

Elle se découvre une véritable passion pour cet autre univers du maquillage : le branding, le marketing, le lancement et les relations publiques. Elle aura d’autres collaborations avec Procter & Gamble, Walgreens et Sephora.

Aujourd’hui elle a le rare privilège de garder sa position au top du maquillage de mode (elle compte plus de deux cents couvertures de magazines à son actif) ainsi que d’être très demandée par les plus grands noms du showbiz. Parmi les stars qui la réclament, on trouve vingt gagnantes des Oscars dont Halle Berry, Jane Fonda, Meryl Streep, Juliette Binoche ainsi que Catherine Deneuve, Mariah Carey et Michelle Pfeiffer.

« Pratique et simple ! »

« Pour moi, explique-t-elle, le maquillage a toujours été au départ quelque chose de très spontané. Lorsqu’on maquille quelqu’un pour un magazine, on travaille dans l’instantané. Du coup, ma vision est assez naturelle et logique : le maquillage, c’est un outil qui permet à la femme de montrer les différents aspects de sa beauté. Elle peut en changer. Elle peut le modifier au grès de ses envies, de ses objectifs, de l’identité qu’elle veut avoir. En même temps, la vie évolue tous les jours. Il est clair qu’elle devient dans une certaine mesure ‘plus simple’ dans l’utilisation qu’on a des outils mis quotidiennement à notre disposition. L’application du maquillage doit donc être également simple et permettre d’atteindre rapidement l’objectif recherché. Il faut que cela soit pratique ! »

« Ce qui a changé également, c’est que ce ne sont plus les grandes maisons de la Beauté qui tracent la voie. Beaucoup d’autres intervenants se sont introduits pour influencer avec succès le public : les célébrités défilant sur les tapis rouges, les présentations de mode et les blogs, par exemple. Ils vont vite, sont performants et bien adaptés à la demande. Je dirais enfin qu’une femme ne devrait pas se maquiller en fonction seulement de l’aspect physique de son visage mais surtout par rapport à l’histoire qu’elle veut raconter en se maquillant et, en quelque sorte, au message qu’elle veut véhiculer ».

Se voit elle discrète et classique pour son déjeuner d’affaires, sportive pour les vacances ou femme fatale pour son rendez-vous amoureux ? Son maquillage s’adaptera à ses envies et au “rôle” qu’elle se choisira.