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Science, R&D

Dermo-cosmétique : laboratoires et industriels lyonnais en quête de notoriété

Les entreprises et universités de la région lyonnaise veulent mieux faire connaître leur savoir-faire en dermocosmétologie. Atout principal : un vivier de chercheurs et des laboratoires à la pointe des techniques de tests sur modèles d’équivalents cutanés, de formulation ou de ciblage d’actifs. Une première étape est prévue en 2011 avec l’organisation d’un congrès scientifique.

Un socle scientifique unique

La région lyonnaise bénéficie d’un tissu scientifique incomparable et très ancien en matière de recherche dermatologique. Dès les années 1970, la création, à l’initiative des professeurs Jean Cotte et Marie-Claude Martini, du Laboratoire de Dermopharmacie et Cosmétologie de la Faculté de Pharmacie, permet à la région de se doter d’une expertise scientifique de premier ordre dans le domaine de la prévention et du traitement des désordres cutanés et dans la connaissance de la pénétration percutanée des substances actives.

Marie-Alexandrine Bolzinger, Laboratoire de Dermopharmacie et Cosmétologie

Marie-Alexandrine Bolzinger, Laboratoire de Dermopharmacie et Cosmétologie

Ce laboratoire, actuellement dirigé par Marie-Alexandrine Bolzinger, Docteur en Pharmacie et Maître de Conférences à l’Université Lyon 1, travaille depuis 2002 en étroite collaboration avec une équipe spécialisée dans la microencapsulation [1]. Le laboratoire s’est alors davantage orienté vers le développement de formulations avancées et l’évaluation de leur action sur la peau, bénéficiant pour cela de synergies avec d’autres chercheurs de haut niveau, comme ceux du Laboratoire de Substituts Cutanés intégré à l’Hôpital Édouard Herriot de Lyon, dirigé par Odile Damour.

« En 1985, lorsqu’une personne était brûlée à 40 % elle mourrait, » explique Odile Damour. C’est pour soigner ces patients que les médecins et chercheurs de l’Hôpital Édouard Herriot spécialisés dans le traitement des grands brûlés, sont devenus des experts reconnus de la culture de cellules cutanées et de la production de peau reconstituée. « C’est aux États-Unis que sont nées les premières solutions de thérapie cellulaire, avec une première greffe d’épiderme de culture réalisée en 1988. Dès 1989, les chercheurs de Lyon effectuaient une première publication sur le thème de la ‘peau reconstruite’ et ses développements en pharmaco-cosmétologie ont commencé dès le début des années 1990. »

Grâce aux travaux et à l’expérience accumulée depuis plus de vingt ans, les laboratoires et les chercheurs de la région lyonnaise se sont ainsi bâti une solide réputation européenne dans l’ingénierie tissulaire (notamment la production d’épiderme reconstitué), la physiologie et la biologie cutanées, la mise au point de nouveaux actifs et ingrédients, la chimie fine, ainsi que l’étude et le développement de nouvelles textures.

Partenariat avec les entreprises

L’originalité des chercheurs lyonnais, c’est qu’ils ont toujours travaillé en étroite collaboration avec les entreprises de leur région. C’est dans cette optique qu’a été créé le Centre Européen de Dermocosmétologie (CED) au début des années 1960, avec l’appui de la société Gattefossé.

La région lyonnaise bénéficie de ce point de vue d’un tissu industriel diversifié : matières premières et actifs cosmétiques (lipochimie, phytocosmétique, biotechnologies), formulation, façonnage, prestataire de services spécialisés dans la biométrologie cutanée, packaging.

Odile Damour, Laboratoire de Substituts Cutanés

Odile Damour, Laboratoire de Substituts Cutanés

S’agissant des tissus cutanés reconstitués, les entreprises de la région ont ainsi très vite saisi l’opportunité scientifique et pratique de ces nouveaux développements. C’est Coletica [2], un fabricant d’actifs cosmétiques, qui s’est montré le premier intéressé pour effectuer des tests d’efficacité in vitro, bientôt suivi par de nombreuses autres. L’importance de ces tissus reconstitués devient d’autant plus grande que l’évolution des mentalités et des réglementations ont abouti à l’interdiction des tests sur animaux, obligeant les industriels à trouver d’autres méthodes pour prouver l’efficacité et l’innocuité des produits cosmétiques.

« Les cellules en monocouche et les épidermes de culture sont utilisées pour les tests de cytotoxicité, » explique Odile Damour. « Les modèles de peau ou d’épiderme reconstruits sont optimisés pour tester des principes actifs ou l’efficacité de produits finis et démontrer leurs mécanismes d’action. Certains de nos modèles ont aussi été utilisés pour évaluer la toxicité cutanée, la phototoxicité ou pour le screening de nouvelles molécules protégeant contre les UVA et UVB. »

La contribution des institutions scientifiques lyonnaises porte aussi sur la formation des spécialistes de l’industrie. La création en 1970 au sein de l’Université de Lyon du premier enseignement spécialisé de cosmétologie sous la forme d’un diplôme de 3ème cycle est le fruit du travail de recherche effectué auparavant par les initiateurs du CED. Aujourd’hui, les laboratoires cosmétiques des plus grands groupes ont recours aux talents formés dans les laboratoires dirigés par Odile Damour et Marie-Alexandrine Bolzinger.

Se faire connaître

« Le défi pour ces laboratoires, mais aussi en partie, pour le CED c’est de faire connaître leur expertise, » explique Dominique Bouvier, la nouvelle présidente du CED. « Par définition, les scientifiques préfèrent dialoguer avec d’autres scientifiques. C’est probablement une des raisons expliquant pourquoi, la région est passée à côté de la labellisation comme Pôle de Compétitivité. »

Première étape dans cette direction : l’organisation en février 2011 d’un congrès scientifique sur le thème «  De l’activation cellulaire aux cellules souches en dermocosmétologie » Organisée par le CED et avec le soutien la Société française de cosmétologie, ce congrès se veut une avant-première du congrès mondial de l’IFSCC [3] programmé en 2014.

Vincent Gallon, Jean-Yves Bourgeois

Notes

[1] Il s’agit du Laboratoire d’Automatique et de Génie des Procédés (LAGEP) dirigé par le professeur Hatem Fessi.

[2] Un fabricant d’ingrédients cosmétiques aujourd’hui intégré au groupe BASF après avoir été acheté par le groupe Engelhard en 2005.

[3] IFSCC : International Federation of Societies of Cosmetic Chemists

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